[ Par Leo Gorge et Cédric Ferrand ]

 

Cédric Ferrand est l’auteur de Wastburg, un excellent roman d’heroic fantasy qui se déroule dans une ville médiévale imaginaire mais très réaliste, au point qu’il a servi à la création d’un jeu de rôle. Celui-ci, comme le livre, est très immersif car on y découvre la misérable vie de ses habitants. On n’y pas des héros surpuissants mais des habitants ordinaires qui essaient de survivre à la vie de tous les jours. Cédric a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi avoir créé un univers imaginaire plutôt que de prendre une ville réelle du Moyen Âge ?
Si j’avais pris pour cadre une cité réelle, j’aurais été obligé de faire des recherches historiques. J’aurais dû me poser des tas de questions du style “Mais est-ce que cette rue s’appelait comme ça, à l’époque ?”. Je n’avais pas envie de m’arrêter d’écrire toutes les 5 minutes pour aller vérifier si l’arbalète avait déjà été inventée ou quelle type de serrure était utilisée. En me plaçant dans l’imaginaire pure, ça me permettait de m’affranchir de beaucoup de contraintes et d’éviter de recevoir des messages d’historiens me disant que j’avais écrit des bêtises. Et surtout, je voulais aborder le thème de la magie qui disparaît, donc je me voyais mal placer mon histoire dans une cité médiévale ayant existé.

 

Wastburg ne ressemble pas aux autres livres fantastiques, quelle est votre inspiration ?
Je dois beaucoup à plusieurs auteurs. Terry Pratchett, a développé un univers appelé le Disque-Monde, mais en particulier la cité d’Ankh-Morpork, à travers une trentaine de romans que j’ai dévorée. Il s’y moquait de la fantasy tout en décrivant un univers cohérent au fil de ses publications. C’était à la fois drôle et cynique. Son écriture était jubilatoire. Frédéric Dard, aussi connu sous le nom de San Antonio. Étrangement, je suis né dans la même ville que lui. Il écrivait des polars rigolards où son héros s’exprimait en argot. Ça m’a prouvé qu’on pouvait écrire de belles choses tout en parlant le langage de la rue. Alexandre Astier qui, avec Kaamelott, m’a lui aussi démontré qu’on pouvait mélanger l’imagerie médiévale et des mots issus de la langue populaire. Mais je suis également redevable à des auteurs comme Fritz Leiber, qui a été un des pères fondateurs du genre. Et si j’ai écrit Wastburg par réaction à Tolkien, ça veut aussi dire que je lui en dois une car en voulant renier son héritage, je reconnaissais aussi son importance.

 

Pourquoi avoir parlé des villes et non des campagnes ?
Je suis persuadé qu’il y a des histoire fantastiques à raconter sur la campagne. Mais les pâturages, les champs et les métairies, c’est souvent beaucoup d’espace pour peu d’habitants. La ville a un énorme avantage : tout y est concentré. L’auteur n’a pas à trop se creuser le ciboulot pour expliquer la présence d’un personnage car il est logique sinon imaginable qu’il passe par là.

L’autre raison, c’est que j’écris en déformant ma vie. C’est parce que je vis à Montréal avec 2 millions d’habitants que j’ai eu envie de parler d’une ville où tout le monde vient d’ailleurs, où l’on se sent parfois déraciné, où les gens ne se comprennent pas toujours parce qu’ils ne parlent pas la même langue. Si j’habitais à la campagne, nul doute que j’écrirais des histoires plus rurales. Après, Wastburg met aussi en scène des personnages qui ont quitté la campagne pour venir s’installer à la grande ville. C’est une manière indirecte de parler de la province. Plutôt que de copier GRR Martin et le Trône de fer, j’ai préféré prendre le contrepied  en m’intéressant aux personnages qui n’ont habituellement pas voix au chapitre. 

 

Info : pour les fans du roman déjà publié chez Folio SF, la seconde édition du jeu de rôle Wastburg est en préparation… nous on a hâte !