[ Par Gaëlle Hemeury ]

 

Après 132 ans d’occupation française et au prix de 8 années de guerre, l’Algérie devient indépendante le 5 juillet 1962. Cela inaugure alors un lent processus de décolonisation. Confrontée à de nombreux défis, comment l’Algérie a « fait la nation » et a « fait nation » au lendemain de la guerre d’indépendance ?

« L’Algérie redevient l’indépendante »
Tels sont les mots utilisés par la presse pour consacrer l’indépendance nouvellement acquise. Entre ferveur et enthousiasme, il s’agit désormais de construire la nation algérienne tant sur la scène internationale qu’avec ses propres frontières. En effet l’indépendance est effective lorsque le processus de décolonisation prend fin. À ce titre les accords d’Evian définissent le départ des administrations dans les dix années suivant leurs signatures et garantissent les essais nucléaires dans le Sahara algérien jusqu’au début des années 1980. Ainsi, l’Algérie doit faire la preuve de son indépendance. 

« Quand l’immédiat rattrape les espoirs »
Le pays doit faire face à des situations difficiles.  Tout d’abord, il faut construire l’État algérien. Celui-ci tend à se structurer autour du FLN, alors parti unique, et  autour d’une ligne politique socialiste. Il s’engage ainsi, grâce aux revenus de la rente pétrolière, dans une politique d’urbanisation et de scolarisation pour faire face à l’exode rural et à la pression démographique. Ensuite, il faut édifier la nation algérienne. Celle-ci prend forme autour de référents comme le drapeau et la langue arabe. Enfin, il faut s’affirmer sur la scène locale et internationale. Cela se traduit par l’intensification des relations avec les États africains voisins (avec la route « transsaharienne » pour relier la Méditerranée au Sahel), ou l’adhésion à la Ligue arabe (organisation pour une coopération politique et économique entre États arabes), ainsi que par un intérêt porté au mouvement des non-alignés dont elle est l’organisatrice en 1973 du 4e sommet.

Les ternes années 1980-1990
Ce modèle autoritaire et corrompu ne fait plus unanimité. Le début des années 1980 se singularise ainsi par le « printemps berbère » (mouvement pour la reconnaissance de la langue Amazigh) et par « les événements d’octobre 1988 », des manifestations contre la hausse des prix des biens de première nécessité. Ces crises réprimées débouchent sur un changement de constitution qui ouvre au multipartisme. Néanmoins, cette timide tentative démocratique est brutalement interrompue en 1991 lorsque le Front islamique du Salut, vainqueur au scrutin, est défait par l’armée. S’ouvre alors la décennie noire, une guerre civile entre l’armée et les partis islamistes. Après 10 années de guerre ayant fait entre 100 000 et 200 000 morts, le président A. Bouteflika est élu président en 1999. Une Charte pour la paix et la réconciliation nationale, comprenant l’amnistie des islamistes, l’exemption de procès pour les militaires ainsi qu’une interdiction de toute mention de cette période, est signée en 2005. Cette «tragédie nationale» a créé un traumatisme qui agit sur les générations suivantes comme une chape de plomb et ainsi entérine dans l’œuf toute revendication.

De l’indépendance à nos jours l’Algérie a été confrontée à de nombreux défis. Ils ont contribué à créer l’État et à forger l’identité nationale algérienne. C’est au  nom de ces mêmes principes que manifestent actuellement de nombreux Algériens non pas pour vivre en paix comme leurs prédécesseurs le scandaient, mais pour «vivre mieux en paix».

 

* « Want to be free Viva l’Algérie » (nous voulons être libres) serait l’expression à l’origine, par déformation, de la phrase culte « One Twe Three Viva l’Algérie ».