[ Par Ben-Yasser MAJANI ]

La vengeance désigne la violence physique ou morale que l’on exerce sur quelqu’un afin de le punir pour quelque chose qui nous a blessé, particulièrement quand on a été victime de harcèlement. « Œil pour œil, dent pour dent » la loi du Talion héritée de la Bible, justifie moralement la vengeance mais pose un sérieux problème de société car une victime peut devenir bourreau. Si tout le monde veut se venger, ne sommes-nous pas condamnés à prolonger indéfiniment les violences ?

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Un sentiment personnel
Allons droit au but. La vengeance est une sorte de justice barbare. C’est l’envie de faire du mal à une personne, de la faire souffrir en retour pour lui montrer à quel point elle nous a blessé. C’est une façon de faire justice soi-même, en mélangeant le rôle de victime et de juge. On ne se venge pas par plaisir, mais par rage, parce qu’on t’a blessé, humilié, ou qu’on a fait du mal à quelqu’un qui compte pour nous. Parfois la vengeance peut soulager faire du bien à la personne qui se venge. Pourtant, le mieux est peut-être d’apprendre à pardonner et à oublier, le fameux « Forget and Forgive » des Britanniques qui permet d’avancer sans rancunes. La vengeance est bien une envie négative car elle s’appuie sur la tristesse, la douleur, la souffrance : ce sentiment n’est pas très constructif.

Les racines d’un mal
Comme d’autres sentiments liés à nos émotions, la vengeance est présente en nous depuis l’enfance. C’est une pulsion primaire. Il y a plusieurs types de comportements : les personnes qui ne sont pas fragilisées et qui ne vont pas se venger parce qu’elles ont une très grande maîtrise de soi, d’autres personnes cependant ont besoins de faire mal pour se sentir mieux. Ces dernières se retrouvent en situation de se nourrir de violence et de haine, cela peut les consumer ou les détruire. L’humain n’est pas tout le temps calme et il éprouve parfois le besoin de relâcher sa haine. Mais lorsqu’il la libère, il renforce les pensées négatives en se vengeant : cela n’aide pas à devenir une meilleure personne. La vengeance donne l’illusion du soulagement mais en réalité elle transfert le problème ailleurs : elle peut aller très loin et engendrer des conflits de groupe. Par exemple, si tu grandis dans le cadre d’une éducation violente, cela peut te rendre violent en tant qu’adulte et te pousser à te venger sur d’autres de ce que tu as subis étant jeune. L’éducation a donc une grande importance pour construire la paix en soi. Si la vengeance est essentiellement une décharge de haine, elle n’arrange rien, ne règle rien, ne propose aucune solution durable pour faire progresser le monde.

L’impact sur la démocratie
Dans une société fondée sur la justice, la morale, le progrès, la vengeance n’as pas sa place ! Il faut mettre en place en des règles collectives, des lois acceptables de tous et les appliquer : c’est un contrat social dans lequel on reconnaît que la loi est mieux placée que nous pour déterminer le sens de la justice. Parfois, certaines personnes refusent d’obéir à ces lois et veulent agir seules, cela crée immanquablement des conflits car en ne respectant pas les « règles du jeu », nos actes peuvent avoir des conséquences imprévues. Les personnes blessées ou tuée dans le cadre des barrages menés par les « Gilets jaunes » en est un bon exemple. Bien sûr, il est parfois difficile de respecter les règles, TOUTES les règles. D’abord ? elles sont trop nombreuses et ne peuvent répondre à tous les problèmes non résolus par l’État. Par exemple, si nous réussissons à établir une société équilibrée et qu’un policier fait une seule erreur, tout peut s’effondrer. Certains voudront s’en prendre à sa personne, d’autres voudront le défendre ou protéger l’institution. Cela peut vite dégénérer en violence collective. L’État peut créer des injustices et engendrer des désirs de vengeance, comme avec le crime contre Adama Traoré, mort des violences subies durant sa garde à vue. Sa famille veut savoir pourquoi et comment il est mort. Cela montre que l’État n’est pas toujours là pour nous, cela peut donner envie de se venger. Mais, comme le disait Martin Luther King « La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance ». Cela est plus facile à dire qu’à faire malheureusement. La famille de Traoré a choisi de rejeter la vengeance mais elle cherche la justice, en s’appuyant sur le soutien collectif pour obtenir la vérité.

Avant de se venger, il s’agit de penser aux conséquences car l’impact peut être très fort et déstabiliser des individus, des familles ou des sociétés. La triste histoire de Roméo et Juliette, morts à cause du conflit sans fin entre leurs familles nous le rappelle : sans pardon, pas de paix.