[ Par Kelly Ngolu ]

 

Être adolescent aujourd’hui, c’est devoir accepter de ne pas être assez écouté, suffisamment considéré, d’avoir de la peine à trouver sa place dans le vaste monde. Ce mal-être peut s’exprimer par des formes de violence, contre autrui ou soi-même, qui puisent leur origine dans la perte de repères quand on passe de l’enfance à l’âge adulte.

Ouvrir les yeux
Oui c’est vrai, les jeunes sont agités. Ils bouillonnent d’énergie, ils peinent à se canaliser. On dit qu’il faut bien « que jeunesse se passe » : soyez donc patients avec nous, puisque cette jeunesse vous a passé lorsque vous êtes devenus adultes ! Mais comprenons-nous bien : la violence n’est pas un choix. C’est un exutoire qui se manifeste parfois par des insultes ou de la dégradation, parfois dans la violence contre soi : anorexie, scarification ou suicide. Le décrochage scolaire, le repli sur soi, la consommation de drogue ou la radicalisation sont des effets secondaires d’une tristesse infinie. Celle-ci peut être causée par la sensation d’être coincé entre le marteau et l’enclume : subir l’injonction de réussir sa vie selon le modèle défini et la difficulté de trouver sa place dans un monde qui ne nous comprend pas. Si les téléphones portables et les réseaux sociaux nous sont insupportablement indispensables, c’est parce qu’ils sont notre refuge au monde injuste que vous nous avez laissé en héritage.

Je suis en colère !
Être indignée ne fait pas de moi une victime. De même, être impuissant dans cette société mondialisée ne doit pas vous servir d’excuse pour ne pas assumer votre responsabilité. Ah les adultes… Vous êtes injustes en ne nous accordant pas l’indulgence que vous réclamez. Vous êtes doués pour nous demander de nous impliquer : descendre les poubelles en pensant au tri sélectif pour protéger la planète, devenir de bons citoyens qui DOIVENT voter. Mais la moitié d’entre vous ne s’est pas déplacée aux dernières élections ! Si l’on vient vous présenter un vrai projet citoyen, jeune, riche de notre cœur et de nos convictions, il faut montrer patte blanche, se battre pour avoir votre confiance et votre soutien. Vous faites alors de la présomption d’incompétence. Vous nous prenez pour des imbéciles. Nous ne sommes pas des assistés, nous pouvons nous tenir debout seuls. Il nous manque la place que vous ne nous donnerez pas tant que nous n’aurons pas atteint l’âge de la maturité. Notre faim d’agir augmente et l’offre politique baisse. Notre voix s’exprime donc dans la rue, sur internet, pas sur un bulletin de vote. Si nous ne sommes pas encore des décideurs, nous sommes déjà des décidés.

Ok, je me calme
La société, VOTRE société, continuera d’avancer par obligation et non par choix tant que vous ne redéfinirez pas notre place. L’enfant n’est pas exclusivement celui dont on doit s’occuper,  c’est aussi celui pour lequel il faut avoir le discernement de s’écarter. Savoir nous éduquer ne vous aidera pas à nous comprendre si vous ne nous écoutez pas. La maturité… quand la loi c’est vous, c’est une question d’âge, une affaire légale, d’autorisation. Quand la loi c’est moi, c’est une question de vécu, de responsabilité, de sagesse. Ma maturité n’est pas seulement connaître mes droits et mes devoirs, mais ma capacité à accepter que je ne pourrai pas changer la condition humaine, que je devrai affronter la souffrance, la maladie, la mort. En ce temps d’alerte citoyenne et sociale, rappelez-vous de l’enfant que vous étiez et veillez donc à ce que la colère des gilets jaunes ne laisse pas place à la radicalité des gilets jeunes.