P83
[ Par Alice GALLAIS ]

Silence = Mort c’est un des slogans de Act Up Paris, une association militante créée dans l’urgence au début des années 90, face à l’ignorance et l’indifférence générale quant aux ravages que cause le sida.

Act Up, une association impactante  
Les militants d’Act Up Paris furent parmi les premiers à introduire un militantisme visuel avec de nombreux happenings marquants, certains encore célèbres de nos jours. Les militants, que l’on reconnait grâce au triangle rose qu’ils arborent, symbole utilisé par les nazis pour «marquer» les détenus homosexuels, participent à ce qu’ils appellent des « die in » ou des « zap ». Le principe du « die in » est de s’allonger sur la voie publique en feignant la mort pour marquer les esprits, comme les militants ont pu le faire en 1994 en plein milieu des Champs-Elysées. Quant au « zap », il s’agit d’interpeller et d’humilier des personnages publics jugés hostiles à la lutte contre le sida. L’action la plus célèbre d’Act Up reste néanmoins la recouverte de l’obélisque place de la Concorde d’un préservatif rose géant, qui a fait le tour des médias du monde entier, ce qui a permis de sensibiliser un certain nombre de personnes.

Un film bouleversant et révélateur
Le travail de cette association, de nos jours quelque peu oublié, a été ramené au goût du jour par Robin Campillo avec son film à succès 120 battements par minute. Il raconte l’histoire de Nathan, nouveau militant chez Act Up et Sean militant radical de longue date et séropositif. Ce film puissant et émouvant montre la réalité de la maladie, sans complexes. On comprend que la mort plane constamment au-dessus des séropositifs et qu’à tout moment un membre de l’association peut mourir dans des conditions atroces. Robin Campillo montre comment la mort de ses militants et amis provoque une rage chez les autres militants qui, désespérés, ont d’autant plus l’envie de changer les choses. Robin Campillo met ainsi en lumière un combat qui depuis quelques années se perd, notamment chez les jeunes.

Une direction qui se déchire
Le succès de ce film a provoqué, malgré lui, la dissolution de la présidence de l’association et la démission de plusieurs membres. En effet, suite au succès du film, il y a eu une vague d’arrivée de jeunes militants avec un point de vue différent, souvent déjà expérimentés mais pas forcément dans la lutte contre le sida. Ainsi, l’ancien conseil d’administration déplore qu’avec la nouvelle présidence composée de nouveaux militants, le travail autour de la prévention et de la recherche est « relégué au dernier plan » au profit « du commentaire permanent de la critique spectacle ».

Il faut donc profiter du succès du film de Robin Campillo, qui a permis de repopulariser Act Up Paris, pour créer un consensus national et même mondial quant à la lutte pour la prévention contre le sida, plutôt que de le laisser semer le désordre au sein de l’association