[ Par Alice Gallais ]

Début octobre, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, déclarait sur la radio France Info « Non, MeToo (NDLR : un mouvement parti des réseaux sociaux qui vise à dénoncer le harcèlement sexuel) n’a pas bouleversé la donne parce que, même si sa force est incontestable, des comportements sont ancrés depuis des générations ». Selon Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle, c’est ce qu’on appelle le sexisme ordinaire : un ensemble de stéréotypes et de représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes. La manière dont on se comporte provient de notre éducation, pas seulement celle de nos parents mais aussi celle qu’on reçoit à l’école, de la maternelle à l’université, cela fait partie de ce qu’on appelle la socialisation.

Dès la maternelle, les filles et les garçons sont souvent séparés dans les activités réalisées. Dans le travail manuel, avec à titre d’exemple fabrication d’épées pour les garçons mais de couronnes pour les filles, sous-entendu les garçons sont assez forts et courageux pour avoir une épée et les filles se contentent d’être belles. On entend aussi « l’heure des mamans » à la fin de la journée qui laisse entendre que c’est forcément la mère qui viendra chercher son enfant, un cas contraire étant alors « anormal ». L’enfant comprend que ce n’est que la maman qui s’occupe des enfants. Cela se poursuit au collège et au lycée avec les tenues vestimentaires. Chaque jour, au moins une fille se fera réprimander dans un établissement pour un décolleté, une épaule ou des jambes trop découvertes, parfois en se faisant humilier, devant tout le monde. Pourtant un garçon en short ou en marcel ne suscitera aucune réaction. Certains surveillants vont même jusqu’à dire qu’une « jeune demoiselle ne devrait pas porter une tenue indécente » ou que la fille concernée peut « représenter une distraction pour les autres ». Mais une jeune fille n’est-elle pas libre de porter ce qu’elle veut ? et ne devrait-on pas apprendre aux garçons à se « contrôler » plutôt que d’apprendre aux filles à se couvrir et se sentir mal ?

Arrivés à l’université ou en grande école, on essaye de faire passer le sexisme ordinaire pour de la plaisanterie. Un élève lance une blague sur les femmes en sous-entendant qu’elles doivent rester dans la cuisine et faire le ménage, je le reprends, il me sourit en disant que c’est « pour rire » et qu’il assume sa « beauferie », le professeur ne dit rien. Dans les grandes écoles, la culture de la « choppe » est omniprésente. Certains garçons réalisent des listes de leurs conquêtes et font des concours entre eux pour savoir « qui choppera le plus ». Les « meilleurs » sont admirés, voire adulés. Mais dans le cas contraire, une fille qui irait voir plusieurs garçons serait tout de suite catégorisé de « salope » et on lui collerait une certaine « réputation » dont elle ne pourrait plus se défaire. Le pire dans tout ça c’est que les filles sont soumises à la pression du groupe, elles ont peur d’être mises à l’écart et insultées si elles dénoncent ces pratiques, donc personne ne réagit ou se fait réprimander. Ce sexisme ordinaire peut également venir des professeurs. J’en ai moi-même fait l’expérience : un professeur de classe préparatoire scientifique me faisant passer un oral, lorsque je bloque, me dit « d’utiliser mon instinct féminin » en rigolant, sans me donner aucune autre indication. Un autre, après avoir dit à la classe de soigner la présentation de nos devoirs ajoute « les filles n’écrivez pas en rose et ne dessinez pas de cœurs », personne ne réagit, la classe rigole. Il existe même un blog appelé « paye ta fac » où l’on retrouve des citations sexistes réelles de professeurs comme « Les filles viennent à la fac quand elles s’ennuient. On ne va pas gâcher de bons profs pour leur faire des cours de qualité. »  Avec des professeurs pareils en exemple, comment voulez-vous changer la mentalité des jeunes garçons ?

Comme l’a dit le sociologue Sébastien Chauvin « on ne naît pas sexiste, on le devient ».  C’est donc dans l’éducation, dès le plus jeune âge puis tout au long des études, qu’il faut intervenir pour essayer d’atténuer ce sexisme ordinaire et cela passe par la bonne formation des professeurs, ceux qui nous instruisent.