[ Par Axel NAOARINE ]

En me basant sur le témoignage de mes grands-parents je vais tenter de retranscrire leurs ressenti de la guerre d’Algérie sous la forme d’une discussion avec mon grand-père.

Ressenti de la guerre d’Algérie en France

A.N. : « Papy, comment pourrais tu me caractériser la guerre d’Algérie ? »

Papy. : «Selon mon ressenti, la guerre d’Algérie peut se définir par deux mots , injustice et désinformation. »

A.N. : «  Comment ça ,INJUSTICE ? »

Papy : «  En effet Axel, la population française a vécu cette guerre comme injuste. Vois tu cette guerre survient au lendemain de la guerre d’Indochine (1946-1954) mais contrairement à elle, se sont principalement des militaires appelés qui sont envoyés en Algérie, ainsi de jeunes hommes non préparés à faire la guerre se retrouvent à combattre et à mourir. Cette mobilisation a crée un sentiment d’injustice chez la population française qui a vu des proches et des amis se faire appeler et y perdre la vie ».

A.N. : «Tu as également dit DÉSINFORMATION, peux-tu l’expliquer ?»

Papy : «  La guerre d’Algérie est en effet marquée par une désinformation de la population française. Les moyens d’information de l’époque se composaient principalement des journaux et de la radio par conséquent la communication était plus difficile et la vérification de l’information était plus longue que les standards d’aujourd’hui. C’est pourquoi au début de la guerre d’Algérie de nombreux français ignoraient les raisons de la demande d’indépendance de l’Algérie car de nombreuses causes telles que les inégalités marquées y faisant rage ou l’exploitation de l’Algérie par l’État français (exemple : essais nucléaires dans le Sahara au détriment des populations qui y vivaient) étaient mises sous silence par les médias. De plus, cette désinformation s’est poursuivie durant le conflit qui était régulièrement vendu par la presse comme plus dramatique qu’il n’était réellement ressenti par la majorité des soldats présent sur place dont moi-même. »

A.N. : « Maintenant que je suis au courant du ressenti de la population française durant le conflit, peux-tu me raconter qu’elle a été ton ressenti sur le terrain ? »

Papy : « Et bien cela Axel, nous le verrons une prochaine fois. »

Ressenti de la guerre d’Algérie sur le terrain

A.N. : « Alors Papy peux-tu me raconter qu’elle a été ton ressenti de la guerre d’Algérie en étant sur place ? »

Papy : « Des deux ans (1960-1962) que j’ai passé dans un camp militaire français à la frontière algéro tunisienne, je peux en ressortir trois mots guerre, appelé et accident. »

A.N. : « Pourquoi le mot  GUERRE est-il le premier à te venir à l’esprit ? »

Papy : « Tu sais Axel, durant ce conflit plus d’un million de français ont été appelé pour faire officiellement du maintient de l’ordre en Algérie mais nous avons toujours considéré ce conflit comme une guerre en faisant le parallèle avec la guerre d’Indochine qui venait de se terminer. Et en effet ce n’est qu’en 1995 que l’État Français a considéré ce conflit comme une guerre. »

A.N. : «  tu as également utilisé le mot APPELÉ, peux-tu développer ? »

Papy : « En effet, durant la guerre d’Algérie, la plupart des militaires étaient des militaires appelés pour leur service militaire comme ce fut le cas pour moi. C’est pourquoi malgré le fait que nous étions conditionnés à ne pas considérer l’ennemie comme un être humain, ce qui marque la grande différence entre un homme et un militaire, nous n’étions pas pour autant prêt à faire la guerre et ce notamment en Algérie. Effectivement, la population algérienne n’était pas favorable à l’intervention de l’armée française et les « pied-noir » avaient à l’égard de nous, soldats français un sentiment de supériorité, par conséquent ces conditions n’ont pas facilité notre bien-être sur le terrain . »

A.N. : « Pour finir, pourquoi le mot ACCIDENT ? »

Papy : « Parmi la totalité des militaires ayant participé à ce conflit plus de 20 000 y ont perdu la vie. Cependant à la différence de ce qui était relaté dans les médias de l’époque, nombreux étaient les militaires mort par accidents. En effet, je me souviens que sur le poste frontalier où j’étais en place de nombreux soldats sont mort en marchant sur des mines posées par leurs soin mais que le vent avait déplacé. C’est nombreuses morts par accident ont souvent été omises car elles reflétaient le fait que la majorité des militaires sur place étaient des appelés non préparés à la guerre. »

A.N. : «  je te remercie pour ton témoignage »