[ Par Nicolas Birot ]

 

 

La mer de Chine se situe dans l’océan Pacifique et couvre un territoire de 3,5 millions de km². De nombreux chapelets de minuscules îles, de récifs coralliens et de hauts fonds parsèment les flots. La plupart de ces îles ne possèdent pas de souveraineté connue et certaines n’émergent de la mer qu’aux grandes marées.

 

Ces territoires possèdent des réserves de gaz, de pétrole et forment une grande zone de pêche parmi les plus productives au monde. De plus, le tiers du commerce mondial y circule. Les pays côtiers (Singapour, Malaisie, Viêt-Nam, Chine, Taïwan, Philippines, Malaisie, Brunei et Indonésie) ont des revendications sur cette zone afin de s’attribuer ses nombreuses richesses et de maîtriser cette position stratégique. Ce qui peut les amener à l’affrontement. Néanmoins, dans sa quête d’expansion, la Chine se montre particulièrement menaçante et a adopté une stratégie de revendications territoriales beaucoup plus importantes que ses voisins.

 

La Chine considère une grande portion de la mer de Chine comme partie intégrante de son territoire.

 

Ses revendications officielles se basent sur sa carte en 9 traits : elle estime que ce qui se trouve à l’intérieur de la zone formée par ces 9 traits est chinois. Après plusieurs accrochages sans conséquences avec ses voisins dans les années 70 et 80, la Chine a adopté une posture plus agressive. Depuis 2014, elle mène désormais une politique dite des petits pas. Cela consiste à construire des îles artificielles sur des récifs afin de pouvoir revendiquer une Zone Économique Exclusive (voir encadré) sur le territoire maritime environnant tout en ayant un point d’appui stratégique. Cette stratégie est aussi appelée « grande muraille de sable » par ses opposants. Elle s’appuie sur la notion de terra nullius qui dit qu’un territoire n’appartenant pas à un pays peut-être revendiqué s’il est occupé. Néanmoins, cette stratégie se heurte aux limites actuelles du droit international. Il ne précise pas si ces nouveaux territoires artificiels peuvent être considérés comme des îles et donc disposer d’une ZEE.

 

Cette expansion répond à une volonté de contrôle des ressources de la zone mais aussi d’une volonté de montrer sa force aux pays voisins afin d’accentuer sa domination. On peut aussi penser qu’un désir d’expansion augmente le nationalisme et renforce le pouvoir en place. Enfin, repousser ses frontières permet à la Chine de renforcer ses défenses maritimes et de sécuriser ses importations notamment en pétrole.

 

Face aux revendications chinoises, les autres pays côtiers se trouvent dans une situation asymétrique. Leurs capacités de ripostes aussi bien diplomatiques que stratégiques sont limitées. De plus, la puissance économique chinoise leur fait craindre des représailles pouvant mettre en péril leurs économies. Aussi, en dehors de quelques protestations symboliques, la réponse à l’expansion chinoise se trouve plutôt dans des pays non concernés directement par le sujet.

 

Les États proches de la Chine craignent une expansion territoriale de cette dernière. Le Japon redoute qu’une percée chinoise dans la mer de Chine accentue la pression sur les îles Senkaku. L’Inde se méfie de la propagation chinoise dans l’Océan Indien. Mais la principale opposition vient des Etats-Unis. Ces derniers se trouvent de plus en plus en concurrence avec la Chine et cherchent à garder leur « domination » mondiale. Afin de montrer leur désaccord, ils organisent de fréquentes patrouilles maritimes à l’intérieures des zones revendiquées par la Chine. Il n’y a pour le moment pas eu d’accrochage entre les forces navales mais un incident pourrait avoir de grandes conséquences.

 

Aussi, il est à craindre que les revendications territoriales entre les pays côtiers en mer de Chine se transforment en un conflit entre les deux plus grandes puissances de la planète.

Zone Économique Exclusive : D’après le droit de la mer, un état côtier peut exploiter de manière souveraine les ressources des mers environnant ses terres jusqu’à 200 miles marins (soit 370,4 kms). Il s’agit de sa ZEE.