[ Par Salomé, Yoann, Hugo, Loanne, Soïzic, Demian, Rachel et Adama* ]

 

La construction ou le maintien d’une identité lié à un territoire rencontre parfois des limites. Certains parviennent, dans des situations spécifiques, à se construire une identité sans être physiquement rattaché à un territoire d’origine.

Identités recomposées
Roxina Maracineanu est Française. Championne de natation, originaire de Roumanie puis naturalisée française, elle est devenue ministre des sports du gouvernement présidé par Emmanuel Macron. Eunice Barber, quant à elle, championne de saut en longueur, originaire de Sierra-Leone a, elle aussi, été naturalisée française. Leurs exemples ne montrent-t-ils pas que l’on peut construire son identité sans rester attachée à un territoire d’origine ?
Car vivre sur un nouveau territoire ne veut pas dire renoncer à son identité. Il est, en effet, toujours possible de s’adapter et d’adapter nos façons de dire et de vivre. Certaines de ces nouvelles façons deviennent des « arts de faire », comme l’explique Michel de Certeau dans L’invention du quotidien. On doit d’ailleurs se rattacher à cette idée quand on perd le territoire, la terre sur laquelle on est né, où l’on a grandi.

Oublier sa terre d’origine
Les pieds-noirs et les Harkis qui ont fui l’Algérie après l’indépendance de 1962 font partie de ces peuples qui ont perdu leur terre mais qui ont gardé leur identité et qui ont su l’affirmer. Les Polonais, les Italiens et d’autres migrants qui sont venus aider à la (re)construction de la France depuis les années 40 ont parfois fait souche, certains souhaitant tellement s’intégrer qu’ils ont modifié leurs prénoms – Genovefa devenant ainsi Geneviève – et n’ont plus parlé leurs langues maternelles devant leurs enfants qui ont ainsi grandi avec une seule culture, la culture française. Eux ont choisi de se construire leur propre identité, mixte parfois, loin de leur terre d’origine.

Loin de la terre qui l’a vue naître, Mickaëlle « Micko » Bizet, revendique son identité de femme noire martiniquaise avant son identité de Française expatriée aux Etats-Unis depuis 30 ans. Les descendants d’esclaves antillais, quant à eux, ont revendiqué leurs origines africaines sur le sol antillais, créant ainsi des mouvements culturels importants comme celui de la négritude cher à Aimé Césaire. Ces hommes et ces femmes se sont appropriés un territoire imposé à leurs aïeux et ont fait de leur passé une force pour la construction d’une nouvelle identité et d’une nouvelle culture, issues du métissage de plusieurs peuples et de plusieurs cultures. Ce n’est donc pas la terre qui garantit la construction d’une identité mais plus sûrement l’attachement que l’on porte à nos racines.

Entre territoire et identité, quel(s) lien(s) ?
Mais ce qui est vrai pour un individu ne peut pas l’être pour un peuple tout entier. Aussi, les choses ne sont-elles pas aussi simples quand il s’agit de milliers ou de millions de personnes sans territoire : Un individu qui perdrait sa terre pourra toujours, a priori, se déplacer, changer d’adresse, de lieu de travail, de pays voire de nationalité. Comment envisager d’imposer à un peuple tout entier de bouger en même temps vers la même destination ? C’est impossible. La situation des Palestiniens illustre la difficulté qu’il y a, dans un monde aux frontières définies, dans des pays qui sont avant tout des états et des nations, à envisager qu’un peuple puisse rester
Si l’on est convaincu que le territoire physique n’est pas indispensable à un individu ou à un peuple pour avoir une identité, il est évident qu’un espace commun est indispensable pour que quiconque, seul ou avec des milliers d’autres, puisse savoir qui il est et d’où il vient. Mais les racines n’ont pas à être physiques pour exister. A défaut de territoire, ce sont alors la mémoire et la culture qui se présentent comme les alternatives à privilégier.

 

* Salomé Dubois, Yoann Marrot, Hugo Bretin-Alvarez, Loanne Gobbe, Soïzic Elshout, Demian Bretin-Alvarez, Rachel Hubert et Adama Diomande