[ Par Tom OLIVIA ]

Une nouvelle fusillade a éclaté dans un bar dans la banlieue sud de Los Angeles le 7 novembre dernier, 13 personnes ont trouvé la mort dont le tireur. Ironie du sort, certaines personnes présentes dans le bar ce soir là étaient des rescapés de la tuerie de Las Vegas qui avait fait plus de 50 morts en octobre 2017.

Ce banal fait divers illustre la montée en puissance d’un phénomène actuellement ancré aux États-Unis alors qu’il est marginal en Europe : la tuerie de masse (« mass shooting » en anglais). Alors que ce genre d’événement était encore relativement rare dans les années 1980-1990 (tuerie de Columbine en 1999, massacre dans un fast food de la banlieue de San Diego en 1984, …), leur occurrence a depuis augmenté de façon exponentielle. En effet, alors qu’on attendait en moyenne 200 jours entre deux tueries sur la période 1980-2000, on en est arrivé à un point où en 2018, il ne s’est actuellement écoulé que 4 jours de l’année sans fusillade de masse. La définition étant : « une attaque à l’arme à feu impliquant plus de 4 morts ou blessés ».

On peut se demander d’où provient cette explosion de violence, l’ONG Gun Violence Archive a en effet répertorié 61 000 incidents impliquant des armes à feu aux États-Unis durant l’année 2017, causant 16 000 morts et 32 000 blessés. L’ONG a également constaté qu’il y a eu 346 tueries de masse en 2017 aux États-Unis.

La quasi libre circulation des armes et le fort taux de possession des armes (89 armes pour 100 habitants) posent évidemment question. Près de la moitié des armes détenus par des civils (310 millions) dans le monde sont présentes aux États-Unis.

Les arguments des pro-armes

On peut lister principalement :

  • L’existence du deuxième amendement de la constitution américaine qui garantit à tous les citoyens la possibilité d’acheter, de posséder et de porter une arme pour sa défense personnelle.
  • Il y a toujours dans les états du sud profond (« deep south » : ex états confédérés) une méfiance quasi institutionnelle envers l’état fédéral et donc envers toute législation limitant le port d’armes qui serait d’origine fédérale.
  • De nombreux lobbies pro-armes sont particulièrement vivaces : par exemple, la National Riffle Association (NRA) mène un vrai travail de fond pour acculer tout politicien qui aurait des opinions anti-armes (système de notation sur 100 de tous les représentants et sénateurs des États-Unis).
  • La criminalité et les tueries : face aux criminels, le citoyen doit pouvoir se défendre donc porter une arme, de même face à des tueurs de masse.
  • Argument économique : l’industrie des armes est un pourvoyeur d’emplois non négligeable.

Les arguments des anti-armes

On peut lister principalement :

  • Le fait qu’une grande partie des armes est détenue par un pourcentage faible de la population américaine : danger d’une population surarmée prête à l’action (on a de nombreux exemples de tueurs de masse proches de l’extrême-droite qui étaient surarmés récemment).
  • Comparaison avec le Canada ou l’Europe : ces pays n’ont pas de législation pro-armes et s’en sortent beaucoup mieux au niveau du nombre de morts par armes à feu pour 100 000 habitants.
  • On peut introduire une législation fédérale qui limite le port d’armes (notamment interdiction d’acheter des armes de guerre et vérification des antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs) sans toucher au deuxième amendement. Ce genre de mesure fait plutôt consensus au sein du parti démocrate et chez les républicains les plus modérés.

La tendance future

Il n’y a pas vraiment de raisons d’espérer un quelconque changement dans la législation fédérale sur les armes dans les années à venir, l’administration américaine actuelle est sensiblement pro-armes pour des raisons essentiellement électoralistes (le cœur d’électorat républicain est actuellement massivement pro-armes et les lobbies type NRA ont la dent dure…) et le sénat qui a un pouvoir législatif important est resté à majorité républicaine à l’issue des élections de mi-mandat de Novembre 2018.

Toutefois, le nombre de personnes détenant une arme est en baisse sensible depuis les années 1990, le nombre d’armes en circulation augmente car la portion de la population qui a des armes en a de plus en plus. En outre, l’opinion américaine commence à bouger lentement vers au moins une législation plus contraignante sur le port d’armes ( on pourra regarder l’exemple des mouvements lycéens anti-armes en Floride suite à la tuerie de Parkland), ce qui donne un certain espoir pour le long terme.