[ Par Les élèves, filles et garçons de 4e4 et de 4e SEGPA de Rosa Parks ]

 

A l’occasion du concours des « Olympes de la parole » en 2019 sur le thème de la place des femmes et des filles dans l’espace public, Alexandra Gabet, professeure de SEGPA au collège Rosa Parks de Rennes a interrogé ses élèves de 4e sur leurs représentations de leur espace familier. Les textes assemblés ici, issus de différents écrits, mêlent les perceptions des garçons et des filles saisis pendant et après leur déambulation dans LEUR quartier de Villejean.

Un quartier « difficile »
L’opinion publique dépeint Villejean comme un quartier plein de danger et de violence. Ceux qui ne sont pas habitués au quartier ont peur à cause des rumeurs qui tournent autour de la place J.F Kennedy, « La dalle », qui semble en être le lieu le plus important. Même les filles qui n’y vivent pas y transitent pourtant : « Je connais toutes les planques – même dans le mobilier urbain (trous dans les structures en bois)- alors que je n’habite pas là ; Mais je ne dis rien, je m’en fiche, je ne veux pas de problèmes, de toute façon il faut rien dire, faut pas être une balance ici parce qu’on ne va pas seulement te taper avec les poings, il y a des armes, alors on se tait ». Certes la délinquance est présente, notamment chez les jeunes, mais les violences et les trafics sont moins graves qu’avant. Villejean est surtout victime de son passé qui a laissé une image de peur, mais qui, aujourd’hui, n’est plus aussi vraie. Dans les années soixante, lors de la construction des grands ensembles, l’aménagement n’a pas été maîtrisé, notamment en isolant le quartier du reste de la ville. Aujourd’hui, « l’enclavement » est compensé par l’arrivée du métro à la station Kennedy.

 

 

Le dessus et le dessous
Le quartier c’est comme une maison, avec la famille, les amis, les lieux habituels. Les activités proposées par les animateurs des centres socio-culturels sont nombreuses. Pour les filles : « quand on était petites on y allait mais maintenant on y va plus parce qu’on est plus grandes et qu’il y a des garçons alors les parents veulent plus qu’on sorte ». L’été, la « Maison Verte » emmène les adolescents faire des sorties « pour prendre l’air ». Entre jeunes, on se rassemble, on discute, on rigole, on joue autour des barbecues organisés dans le parc du Berry. D’autres activités comme l’Afrodanse permettent de se libérer des problèmes comme n’importe qui d’autre. Au « Berry », les filles disent avoir peur qu’on raconte des trucs sur elles si elles se font remarquer : subir des histoires fausses, des mythos. Certaines disent se faire insulter et se faire suivre. « Moi je peux sortir sur la dalle, je suis protégée », « elle aussi, il y a son oncle ; elle aussi il y a son cousin, et moi il y a mon frère ». Ce sont des dealers – les grands de la dalle – qui gèrent et contrôlent le territoire. « Le problème avec les grands de la dalle c’est les règlements de compte et en particulier dans les caves. C’est très violent ». Car sous la dalle, il y a les parkings et selon les garçons : « Les filles, elles osent pas venir dans ces endroits car ça craint trop. Elles ne peuvent pas sortir à cause des parents, des grands frères. Nous on sort plus car ça a bien changé et que ça craint. On préfère rester à la maison, jouer à la console… ou travailler, c’est le brevet l’an prochain. »

 

 

Des questionnements sensibles
Les filles ne perçoivent pas une discrimination de GENRE qui a l’air d’être très « intégrée » chez elles. Alors comment déconstruire cette discrimination et générer des prises de conscience qui ne soient pas passives, alors que celles-ci s’appuieraient sur des constats douloureux et sans horizons ? La dangerosité du réseau des dealers de la dalle est à considérer également, car il s’agit de ne pas mettre les filles en danger en les « aidant » à s’émanciper. Mais quelles voies d’émancipation et de réappropriation de l’espace public peut-on mettre en place sans les mettre en insécurité ? Le cercle vicieux  danger > protection parents > empêchement filles – auto-empêchement filles > nécessite d’être géré collectivement, dans un dialogue parents – enfants (filles et garçons) et structures socio-culturelles du quartier qui, aujourd’hui encore, reste à inventer.