[ Par Amauryne Derette ]

 

Bon, entre nous, les règles chez une fille, c’est un écoulement menstruel qui apparaît une fois par mois pendant plusieurs années ! Je vais vous apprendre sûrement quelque chose, mais nous n’avons pas le choix !” Donc j’aimerais comprendre pourquoi en France en 2019 nous devons encore payer nos protections hygiéniques !?

Nos utérus sont encore tabous
Peut-on déjà évoquer le certain tabou encore existant sur les règles ? Le liquide bleu dans les publicités, les jeunes filles qui achètent seules leurs premières protections hygiéniques, les filles qui ne savent pas ce qu’il leur arrive la première fois. Les petites phrases anodines pour déclarer à nos amies que nous avons nos règles : « Les Anglais débarquent. », « Les chutes du Niagara. », « Les ragnagnas »… Ne peut-on tout simplement pas dire que nous avons nos règles et que notre flux est plus ou moins important ? Ces tabous persistent tout d’abord, car nous mettons une barrière à ce sujet. Les protections sont payantes alors que toutes les femmes ont leurs règles. Les femmes ne sont ni comprises ni soutenues. Rembourser les moyens de protections hygiéniques serait le moyen de diffuser un message positif à propos des règles. Doit-on dire à nos filles qu’elles devront dépenser des centaines voire parfois des milliers d’euros parce qu’elles sont nées avec des ovaires et un utérus ?

Mais combien coûtent vraiment nos ragnagnas ?
Par exemple, une fille de 11 ans, en supposant qu’elle aura ses règles jusqu’à ses 51 ans, en a pour 40 ans ! Elle peut utiliser jusqu’à 5 serviettes hygiéniques par jour en milieu de cycle et une par nuit. En moyenne les règles durent entre 4 et 6 jours, donc elle utiliserait 6 serviettes sur 5 jours soit 30 serviettes. Elle est obligée de prendre minimum deux paquets (car ils contiennent entre 12 et 14 serviettes) pour un coût entre 5 et 8 € (en moyenne 6,50 €). Si nous multiplions donc ce prix par 12 pour avoir le total par an et ensuite par 40, on peut alors se dire qu’elle dépensera en moyenne pour toute une vie près de 3’120 € en protections hygiéniques. Tout cela ne compte pas les médicaments antidouleurs, les bouillottes, les sous-vêtements salis (quand les règles débarquent sans prévenir), le détachant spécial pour frotter comme une malade pour essayer de rattraper notre culotte préférée…

Les moyens de protections et leur accès
Nous pouvons aussi acheter autre chose que des serviettes jetables et coûteuses. Il y a les serviettes lavables et la culotte des règles, mais beaucoup de femmes pensent retourner au temps de leurs grand-mères quand certaines ne veulent pas passer leur temps à les laver. Il y a aussi les cups (coupes menstruelles) mais cela nécessite une grande connaissance de son corps qu’une jeune fille n’a pas. De plus, avec la cup nous avons besoin d’un lavabo pour la vider et la nettoyer (impossible au collège, lycée, travail). C’est pareil pour les éponges menstruelles qui ont une durée de vie limitée à 18 mois, c’est d’ailleurs compliqué d’en prendre soin. Toutes les femmes sont différentes, c’est pourquoi il faut rendre toutes les protections hygiéniques gratuites. Nous devons aussi prendre en compte toutes les femmes qui n’y ont pas accès, car elles vivent dans la rue. Elles sont obligées de mettre du journal voire même des chaussettes dans leur culotte lors de leur cycle.

Il y a des évolutions avec la démocratisation des chaînes YouTube qui abordent le sujet. Cependant, ce n’est pas suffisant, car certaines femmes sont vraiment dans le besoin. Il est peut-être temps de se dire qu’en démocratie, l’équité à défaut d’égalité est une chose essentielle. Il faut rendre les protections hygiéniques gratuites puisque des millions d’euros sont générés grâce à nos utérus !