[ Par Clotaire LEVERTUEUX ]

Dans Mediaparks, les personnes incarcérées en prison peuvent elles aussi s’exprimer, participer aux débats de la société de derrière les murs. Pour des raisons juridiques, il est interdit de montrer leurs visages ou d’indiquer leurs noms. C’est donc sous le couvert de l’anonymat, accompagnés de photos prises dans la prison que leurs paroles, leurs réflexions vous sont présentées.

L’Europe, entre union et désunion
Actuellement, l’Union européenne vacille et semble peiner à rester debout. A l’approche des élections européennes, cette dernière s’émiette peu à peu en laissant apparaître sa bipolarité politique. Deux courants de pensée s’opposent. Les partisans d’une lecture différenciée pensent que l’UE peut exister et se faire entendre sur la scène internationale en développant une économie à laquelle les États membres adhéreraient de manière progressive, fondée sur une législation et des accords à plusieurs vitesses, et ceux qui estiment que l’UE ne pourra s‘épanouir et rayonner internationalement que si tous les États marchent d’un même pas : une monnaie unique, une législation rationalisée, une gouvernance pragmatique et centralisée. Certes, ce ne sont que des tendances et on ne peut enfermer les points de vue de plusieurs sociétés dans deux cases, mais ces orientations structurelles sont bien ancrées au niveau des décideurs politiques à l’échelle européenne.

Le populisme : des réponses simples à des questions complexes
Certains États de l’UE, cédant au populisme et au repli identitaire – voire aux idées conservatrices – n’envisagent désormais qu’une Europe déstructurée où les sociétés se referment, avançant que les difficultés financières et « l’angoisse migratoire » sont liées et que ces problèmes trouvent leur origine dans le libéralisme économique et l’ouverture des frontières. Heureusement, il reste parmi les fondateurs de l’UE des personnes progressistes, des défenseurs de la cohésion collective, de l’idéal des Lumières et de l’universalisme. Leurs champs de manœuvre ? La sauvegarde de la libre circulation de l’espace Schengen, la solidarité entre États membres, la promotion d’une monnaie unique et forte à même de sauvegarder les intérêts européens dans les enjeux mondiaux de puissance. Ce que prônent les populistes de tout bord est pourtant tout le contraire, prétendant que de l’isolement viendra le salut. C’est au Parlement Européen, à Bruxelles comme à Strasbourg, que la partie se joue entre ces différentes perceptions et conceptions du « vivre ensemble européen ». C’est dans ce cadre que le choix des nouveaux élus qui nous représenteront bientôt implique notre engagement individuel et collectif et nécessite notre participation à la fabrique de la démocratie par l’intermédiaire du suffrage. Car voter, c’est assumer ses responsabilités.

S’ouvrir à l’Autre n’est plus un choix mais une nécessité
Ce climat délétère entre des Etats qui, un jour, ont pu s’entendre sur l’élaboration d’un idéal commun, est le fruit d’une politique européenne établie à la carte, faisant des exceptions des habitudes et laissant s’établir des relations de pouvoir, du dominant vers le dominé, là où seule l’égalité de principe pouvait permettre durablement l’entente collective et la co-construction d’une authentique unité européenne. A qui la faute ? A cette union qui s’est construite en nombre avant de se penser en qualité et en éthique ? A certains partenaires, entrés dans l’UE à des fins cyniques, pour assurer leur développement économique sans épouser ses valeurs ? Ce qui est certain, c’est que cette déliquescence fait le lit des populismes et des partis extrémistes, souvent xénophobes et réactionnaires qui n’en sont déjà plus à attendre leur heure pour s’emparer du pouvoir. Les contrer n’est pourtant pas si difficile, mais cela implique le courage de chacun : il s’agit avant tout de ne pas laisser s’abîmer le lien fraternel tissé entre membres de l’UE. 20 siècles de conflits et deux guerres mondiales devraient pourtant nous avoir appris dans la douleur combien la paix avec son voisin passe par l’ouverture à l’Autre et la recherche d’un développement commun.