[ Par Louis GUICHARD ]

Le président Emmanuel Macron a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes la « grande cause du quinquennat ». Beaucoup de mots, quelques mesures, mais une société toujours aussi inégalitaire. Car si l’on voulait réellement se battre contre ces inégalités, on s’attaquerait d’abord à leurs origines. Une mesure de bon sens s’impose : le congé paternité.

Les inégalités salariales persistent
En France, en 2014, les femmes gagnaient en moyenne 24% de moins que les hommes. Cette différence s’explique en grande partie par la nature du travail produit : les femmes ont beaucoup plus recours au temps partiel que les hommes, elles font moins d’heures supplémentaires, et ont tendance à travailler dans des secteurs moins rémunérateurs et à des postes moins élevés. Il s’agit donc essentiellement de choix professionnels, mais on peut douter du fait qu’ils aient été pris librement. Une femme sur deux doit en effet réduire ou cesser son activité professionnelle à l’arrivée d’un enfant

Le coût de la maternité
D’après un rapport de l’OCDE, il n’y a presque pas de différence de salaire entre les hommes et les femmes n’ayant pas d’enfants, pour une activité similaire et à temps plein. Mais cet écart s’établit à 12% entre les hommes et les femmes ayant au moins un enfant. La maternité a donc un coût élevé pour les femmes. Une étude réalisée au Danemark a même montré que les femmes mettaient en moyenne 6 ans pour retrouver un salaire égal à celui précédant la naissance du premier enfant… Alors que celui des hommes n’est quasiment pas impacté. La période de la maternité est donc centrale dans la création des inégalités salariales.

Le congé maternité
En France, en 2018, les mères bénéficient d’au moins 10 semaines de congé maternité correctement rémunéré, quand les pères n’ont que 11 jours. Un congé parental plus long existe, mais sa faible rémunération limite fortement son utilisation. En donnant aux mères – mais pas aux pères – un congé parental long et correctement rémunéré, notre société attribue aux femmes la tâche de s’occuper des enfants. Elle favorise un partage inégal et durable des tâches domestiques. Cela se traduira par un arrêt de travail plus fréquent chez les femmes lorsqu’un enfant est malade, ou un plus grand recours aux mercredi après-midi non travaillés. Finalement, cela nuit à la carrière des femmes et engendre d’importantes inégalités salariales.

Pour un congé parental plus égalitaire
Une solution de bon sens serait donc d’instaurer un véritable congé paternité, aligné sur le congé maternité. Plaider pour le congé paternité, c’est plaider pour l’idée que l’éducation d’un enfant se fait à deux. C’est plaider pour un égal partage des tâches domestiques, pour un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, et finalement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Le congé parental qui ne discrimine pas les femmes sur le marché du travail doit inciter les deux parents à l’utiliser. Il doit être individualisé (une part réservée à la mère, une autre au père), suffisamment rémunéré, et assez flexible pour autoriser un retour progressif au travail.

Une directive européenne devait instaurer en juin dernier un tel congé parental, plus égalitaire. Mais certains pays – la France en tête – l’ont bloquée. Le président Emmanuel Macron a en effet estimé que si l’idée était « belle », elle avait un coût « potentiellement explosif », laissant de côté la « grande cause du quinquennat ». L’égalité hommes/femmes attendra.