[ Par Gertrude TINE ]

Le temps d’un trajet de Rennes vers Bruz à bord du bus numéro 57, promenons notre regard sur les passagers. Que nous apprend cette « cohabitation » passagère ? Si nous observons bien, nous y verrons comme à travers un miroir un reflet de notre société.

Silence, ça roule !
Une des règles dans le 57 semble être de ne pas déranger, ne pas faire de bruit. Tant qu’ils sont dans le bus, on dirait que chacun des passagers rejoint sa demeure intérieure et refuse d’en sortir. Il y a ceux qui n’entendent que le son de leurs écouteurs, d’autres qui sont religieusement concentrés leurs Smartphones, leurs livres ou leurs journaux. Tous sont  plongés dans leurs pensées. En dehors du bruit du moteur ou de la voix annonçant le nom du prochain arrêt, ils ne  veulent être dérangés par rien d’autre. Osez parler au téléphone un peu trop fort ou ayez des enfants un peu turbulents pour recevoir les foudres de leurs regards.

Durant ce trajet, il est difficile d’engager une discussion sur ce que  lit ou suit le voisin car il faut se mêler de ses affaires et surtout ne pas déranger  l’autre. Si vous êtes plongés dans les soucis et que vous recherchez un petit sourire de réconfort ou une petite causerie pour décompresser  il est très peu probable de trouver votre compte dans ce bus.
Ce silence « presque obligatoire » tue toute tentative de prise de contact et de socialisation. Il ne s’agit pas seulement d’un silence de la bouche mais aussi des oreilles et des yeux. Nous nous fermons à toute écoute de l’autre.

Au secours je suis là !
Cette image que je vous décris n’est pas propre au 57. Elle témoigne juste de l’indifférence  dans notre société. On ne regarde pas l’autre, on ne s’occupe pas de lui. Il n’y a que nous qui comptons, nous et nos petites affaires dont nul ne doit se mêler. Où est-donc la bienveillance et la solidarité? Ne sommes-nous pas des êtres sociaux ? Le vivre ensemble n’implique-t-il pas une certaine préoccupation des autres ?

Si vous n’en êtes pas encore conscients, sachez que nous avons besoin les uns des autres. Chacun devrait développer une certaine sensibilité aux besoins des autres qu’ils soient matériels ou pas. Parfois dans le 57, si vous enlevez vos écouteurs et levez les yeux de votre lecture, vous verrez de vrais gens, des hommes, femmes et enfants en quête d’attention, des personnes qui ne veulent que votre sourire ou votre écoute.  Ils ne demandent pas beaucoup, ils veulent juste que la société les remarque. C’est comme cet homme dans le métro qui criait « Au secours, je suis là » pour s’indigner contre cette société qui l’ignore, qui ne le salue pas, qui ne le regarde pas. Quand vous arriverez à voir ce besoin chez ces personnes, n’hésitez  pas à leur donner du peu que vous avez, c’est déjà beaucoup pour eux.

Besoin de chaleur 
Le froid s’installe, avec un temps gris qui affecte parfois le moral. Qu’en serait-il si en prenant le 57 le temps d’un trajet vous receviez un peu de chaleur  qui réchauffe le cœur mais aussi le corps ? En effet, nous pourrions faire de nos trajets en bus des moments agréables pour chacun. Pour commencer, il faut moins d’égoïsme et un petit effort pour être plus accueillant. Par exemple, nous n’avons  pas besoin de mettre nos affaires sur le siège d’à côté à moins de payer pour deux sièges. Cela permettrait de ne pas décourager ceux qui voudraient bien s’asseoir à vos côtés et éviterait à certains de faire le trajet debout.