[ Par Célia Martel ]

 

« Démocratie ». Voilà un mot aussi fort que républicain, souvent détourné et abîmé. Préjugés et jugements hâtifs aggravent aujourd’hui la maladie de la démocratie qui dure depuis des années et qui nous empêche de forger des liens sociétaux humains, respectueux et tolérants. Mais comment vivre notre démocratie si la société civile n’est pas capable de regarder au-delà des apparences ?

Les préjugés sont malins
Lequel d’entre nous n’a jamais caractérisé une personne selon sa tenue, sa couleur de peau ou bien son nom un peu trop « coloré » ? Lequel d’entre nous ne s’est jamais arrêté à ses a priori ? Hélas, personne, sans doute, ne peut le nier : nous sommes contaminés par nos préjugés. Un migrant passe. Peut-être est-il un peu plus foncé que nous, un peu plus oriental, un peu moins français. Pourtant ouvert d’esprit, nous le fixons en pensant au travail qu’il nous vole, aux aides qu’il nous spolie et au groupe terroriste auquel il n’appartient sans doute pas, mais on se dit qu’on ne sait jamais, qu’il vaut mieux se méfier. On ne pense ni à sa vie, ni à ses peines et ses douleurs, on réagit sans empathie. Nous restons en surface et ne cherchons plus à mettre de côté les œillères qui nous brouillent les yeux, les pensées et le cœur. Nous ne considérons plus la personne, nous lui collons une étiquette et l’enfermons dans une case. Presque aveuglés nous marchons les uns à côté des autres sans jamais s’aider ni se comprendre. Nous avançons les yeux fermés, mais la bouche ouverte, prête à calomnier notre démocratie en perdition et à marmonner que tout est la faute des autres.

La connaissance pour dompter l’instinct
Alors, questionnons-nous, à quoi mènent et mèneront nos préjugés ? Quelles en seront les conséquences ? Un regard un peu trop discriminant, une parole un peu trop orientée et nous voilà dans le populisme. Ce populisme qui tend peu à peu à diriger notre Patrie si fragile et instable, qui ne repose que sur notre manière de penser et de vivre nos relations citoyennes. Notre Patrie qui ne tient plus qu’à un fil, prête à se donner aux groupes extrêmes qui ne considèrent l’autre qu’à travers ce qu’ils imaginent. Car le problème dans une société, d’autant plus dans une démocratie, c’est de ne pas regarder l’autre pour ce qu’il est, mais pour ce qu’on voudrait qu’il soit. Pourquoi juger ? Pourquoi détester ? Pourquoi ne pas tout simplement aimer ?

La cause d’un mal
L’Homme a créé une sorte de rideau épais entre lui et l’autre. Est-il possible d’établir des relations interculturelles cohérentes qui nous feraient penser que nous appartenons à une même humanité ?  Arriverons-nous un jour à penser avec notre cœur et faire taire la petite voix dans notre tête qui nous dit que « l’un est trop noir » et « l’autre trop barbu » ? Ce mal pensé entache de mépris notre fraternité alanguie et notre République qui n’ouvre désormais ses frontières que pour mieux trier ceux qu’elle estime dignes d’être adoptés. Mais l’autre c’est aussi nous ! Nous sommes aussi celui qui subit, celui qui saigne d’être pointé du doigt, d’être mis de côté, rejeté et mal-aimé.

Cette blessure peut se refermer. Son pansement est le respect. L’ignorance participe grandement au développement de la haine, la curiosité mène à l’empathie et à la reconnaissance. Le geste à faire est simple au regard des bienfaits que nous pourrions en tirer : ôter les œillères qui couvrent notre regard. Alors bien que nous ayons tous des préjugés à l’égard de l’autre, nous ne devons pas en avoir honte, mais simplement apprendre à les déconstruire.