[ Par Mathieu GRASLAND ]

Je m’appelle Ensame Hanakita Kojima.
Je suis une petite île parmi d’autres petites îles, je fais parti d’un archipel au large de Hokkaido au Japon. Ma particularité est d’émerger de seulement un mètre et demi. Mes cent cinquante-huit sœurs disent de moi que j’ai une santé fragile. J’espère que l’eau ne montera pas trop car les politiques écologiques ne sont pas les préférées des petits humains. Les pays voisins se disputent mon appartenance depuis la seconde guerre mondiale, mais c’est en 2014 que le Japon, devançant la Russie, s’accapare de moi, me donnant un nom. C’est la première que je suis officiellement  nommée au terme d’une vieille bataille géopolitique.

J’assure à mon pays le droit sur les mers environnantes.
C’est ainsi que je mène une existence paisible. On me laisse tranquille car j’assure au Japon une position géographique cruciale dans le partage des eaux internationales du pacifique. Je pensais être importante ! Malheureusement, bien que les petits humains dans leurs gros bateaux évitent de m’approcher par peur d’abimer leurs véhicules, ils se fichent bien que l’utilisation de leurs jouets m’abime progressivement. L’eau monte et m’érode  mais ils doivent bien gagner leur vie. Mais que faire ? Je suis une île, je continue à subir encore et encore. De temps à autres, leurs satellites m’observent, furtivement, m’ignorant presque. Vont-ils me laisser disparaître ? Ils ont autant besoin de moi que j’ai besoin d’eux.

J’ai longtemps espéré que l’on me considère.
Ils existent des humains différents des autres, ils sont passionnés par la nature. L’un d’entre eux, un photographe, remarque ma disparition en comparant deux clichés. Les autorités n’étaient pas officiellement au courant. Aujourd’hui je ne suis plus sur les cartes. L’état de la planète ne s’améliorant pas, je crains aussi pour le futur de mes sœurs. Le Japon aussi, j’imagine. Je suis triste que l’on ne m’est pas remarquée, peut-être était-ce voulu par mon pays car je repose désormais dans les territoires Russes…