[ Par Louise Bénétreau ]

Un jeune couple Sofia (Leila Bekhti) et Paul (Edouard Baer) possédant de forts idéaux progressistes emménagent dans une maison à Bagnolet, banlieue  de Paris. La jeune femme retrouve complètement son univers puisqu’elle habitait au 14ème étage dans l’immeuble situé derrière cette maison. Elle est avocate à Paris et par la suite aura une promotion pour une mauvaise raison, qui ne l’aidera pas à se développer. Lui joue de la batterie, il a joué avec les Bérurier Noir, groupe de  punk-rock alternatif des années 80. Leur enfant nommé Corentin est à l’école élémentaire publique où la mixité sociale est la devise. La devise du couple, c’est : « Vive le pacte républicain et les chances pour tous. » Du moins, c’est qu’ils aiment à penser. Le couple remarque que beaucoup de voisins, de connaissances quittent l’école public pour l’école privée. En prétextant un meilleur niveau et en mettant comme conclusion un meilleur avenir. 

À ces mots, Sofia et Paul sont scandalisés à cette idée. Quelques temps plus tard , leur enfant semble ne pas se sentir bien au sein de son école,  ses copains sont partis, un à un. Ils essaient de comprendre et pensent que certains élèves le harcèlent. Le doute s’installe. Pourquoi ne pas mettre aussi dans le privé ? Le père et la mère sont en désaccord. Lui revoit sa décision en tentant un RDV avec le directeur de l’école privé nommé St-Benoît. C’est un échec total. Ils tentent de mieux s’intégrer en invitant des parents de l’école public pour faire un dîner. Mais là encore, trop d’incompréhensions mutuelles. Entre les religions, les valeurs, l’éducation, la façon d’être libre des uns et des autres, les diversités semblent trop grandes. 

La mère commence a se mentir, elle se dit mariée, omet de mentionne qu’elle est avocate, croyant mieux s’intégrer. Le père, lui ne veut pas changer et tient bon : « Tu dis tout le temps il faut qu’il y ait de la mixité, il faut qu’il y ait de la mixité, mais si il n’y a pas de mixité alors on ne peut pas avoir de mixité, pour qu’il y ait de la mixité il faut qu’il y ait de la mixité, tu vois ? – Oui. » Les autres aussi doivent être ouverts et tolérants. Seul, le directeur de l’école lutte contre les différences… Après diverses rebondissements, les enfants jouent ensemble et les parents finissent par se respecter. 

On voit tout de suite que le thème est le vivre ensemble, l’intégration de tous sans se mentir ou renier ses idéaux. L’aide, la tolérance mutuelle permettent le vivre ensemble. Pendant à peu près 45 minutes, on pense tenir le film de l’année où du moins du début de l’année. Une comédie socio-politique qui est dans l’actualité, qui aussi fait polémique. Un flottement réel s’installe, mélangé d’humour, de poésie sociale, avec à la fin une envie de réfléchir. Comme toujours, Michel Leclerc, réalisateur de Le nom des gens, a su presque naturellement reproduire une de ses capacités de mélanger politique, tendresse et humour. Il est question cette fois-ci de l’école et surtout de nos idéaux, de nos préjugés et délires quand il s’agit de confier nos enfants à une institution. 

Sofia et Paul partent vivre en banlieue et mettent leur enfant dans le collège public. Ce qui paraissait au début totalement naturel va se révéler chaotique, puis héroïque … L’ensemble est attachant et regorge de trouvailles, de rebondissements et de chouettes moments cinématographique (la fête de quartier où tous les mecs ont la trace de rouge à lèvres sur la joue laissée par Sofia). Michel Leclerc insère des clichés idéalistes et moralisateurs. Mais comme dans Le Nom des gens, il faut reconnaître qu’à force de tirailler à la fois sur la société, sur notre époque mais aussi sur nous, le film dégage quelque chose de sympathique et une espèce de noirceur, qui finit par s’effacer offrant un film touchant, drôle et progressiste. Peut-être pas le grand film de l’année, ou du début d’années, mais pendant un instant, c’est un touchant moment de plaisir. Edouard Baer et Leila Bekhti sont impeccables dans leurs rôles, l’un dans un rôle de quinqua punk progressiste, radical sur ses principes , et l’une choisissant l’intégration par le mensonge, le dénie d’elle-même et voulant cacher sa réussite professionnelle et personnelle . 

Des deux personnages décrits précédemment, mon « chouchou » est Baer. On dirait qu’il n’est pas dans un rôle mais qu’il vit ; il est très reconnaissable non seulement par son look, son humour décalé mais aussi pour ses espèces de tirades candides. On sort de cette séance de cinéma joyeux, pensif, rempli d’espoir. Quel bon moment !