[ Par Juliette MEYER ]

D’après l’article 431-1 du Code pénal le fait « d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté d’expression, du travail, d’association, de réunion ou de manifestation » peut-être puni jusqu’à un an d’emprisonnement et de 15’000 euros d’amende. À chaque manifestation, les médias nous diffusent les mêmes images : affrontement policier, dégradations, casseurs, etc. Si la loi protège le droit d’exprimer nos opinons, les médias leur réservent un traitement particulier !

L’opinion manifestante, grande absente des journaux
Pendant que les projecteurs sont braqués sur les dérives lors des mouvements militants, c’est la parole de ceux qui militent qui n’est pas relayée. Le micro est souvent tendu aux casseurs et autres revendiqués anarchistes, mais rarement aux manifestants lambda. Par exemple, l’occupation de Notre-Dame-des-Landes existait depuis 1974 mais ce sont les premiers affrontements entre les forces de l’ordre et les zadistes qui ont attiré les journaux jusqu’à la ZAD. De même, le mouvement végan à commencer à faire parler de lui seulement à la suite des attaques des boucheries et des blocages d’abattoirs. Des mouvements idéologiques qui existent depuis des décennies se retrouvent ainsi résumés en quelques semaines par les journalistes. Leur courte visibilité médiatique ne transmet qu’une image négative et violente souvent éloignée de la réalité. Les journaux n’apprennent rien ou très peu sur les militants qu’ils critiquent. Cette catégorisation est très humiliante pour certains mouvements. Alors que leur engagement repose (végan ou zadiste) sur une profonde remise en question de la société : il est ramené sans cesse à ses dérives et se fait discréditer.

Obliger de faire du bruit pour intéresser
Face à la rigidité des médias, les militants ont dû adapter leur méthode de communication. C’est pourquoi, certaines organisations végans choisissent l’action forte pour toucher l’opinion publique. Leurs actions (comme les blocages d’abattoirs et ou les jets de pierre sur les boucheries) sont constamment filmées et diffusées sur Internet. Ces prises de position volontairement violentes, sont choisies parce qu’elles vont attirer l’attention des médias. Le blocage des facs à la suite du passage de la loi Vidal suivait la même idée : donner aux journaux ce qu’ils veulent pour pouvoir faire entendre sa voix. Néanmoins cette méthode est à double tranchant. Si les individus obtiennent plus de visibilité, c’est au prix d’une mauvaise pub. Malheureusement, il y a deux principales conséquences : le durcissement de l’opinion publique à leur égard et un rendu plus confus de leur point de vue.

Radicalisation : le nouveau credo des journaux
Les Black Blocs sont un exemple intéressant. Ce groupe anarchiste est connu pour avoir choisi la violence pour protester : casser et attaquer les policiers sont leur moyen de communication. Cette méthode fonctionne à merveille, car ils obtiennent toute l’attention des journaux lors des manifestations. Les Black Blocs ne sont rien de plus qu’une création du système. À force de chercher des titres tapeurs, les médias ont créés indirectement le groupuscule qui leur en donnerait le plus. Le traitement médiatique des autres militants suit tristement le même schéma. Il a pour effet principal de créer une image préconstruite dans l’imaginaire de la société, celle du manifestant au visage cagoulé lançant des pavés contre les policiers ou plutôt celle du Black Bloc. Cette stratégie a pour but de faire peur et pour cela il lui faut un mot : la radicalisation. Les choses se résument ainsi : affrontements lors de l’expulsion de la ZAD ? Les zadistes se radicalisent. Des projectiles lancés contre des boucheries ? Les végans se radicalisent. Des universités bloquées par des étudiants ? Les étudiants se radicalisent. Ce mot assimile immédiatement le mouvement militant à un mouvement extrémiste violent et implicitement à celui des Black Blocs.

Aujourd’hui en lisant les journaux, j’ai lu un article qui s’intitulait : « Les gilets jaunes se radicalisent ». Le processus se répète indéfiniment. Il semblerait que défendre son opinion et jouir de sa liberté d’expression soit, aujourd’hui, devenu un geste extrémiste aux yeux des médias.