[ Par Manuel Meireles ]

 

Avoir 14 ans peut être une épreuve, surtout lorsqu’on ne sait pas encore quel sens donner à sa vie ni ce qu’on va devenir. Alors, avant tout, on se demande quelle sera notre place dans les études, dans la vie civique, quelles seront nos réactions face aux contraintes. Cela est bien difficile lorsqu’on ne connaît pas l’utilité de ce qu’on nous demande de faire, à l’école par exemple. Alors parfois on se demande à quoi bon agir, on n’est pas motivé, on est bloqué par la flemme.

Au quotidien
J’avoue, j’ai la flemme : de  travailler, d’écrire, de lire. J’ai la flemme de faire du sport en dehors du collège, et encore, même là j’ai la flemme. J’ai aussi la flemme de faire les tâches ménagères, à peu près autant que d’aller en cours en fait. D’avance, ça me fatigue d’aller travailler avec mes oncles et mes tantes, pourtant c’est la famille. Côté flemme, je ne me sens pas seul heureusement. Je pense qu’on est nombreux, qu’il y a beaucoup de flemmards dans le monde, même si on cache notre nature, de peur que les autres personnes se moquent de nous. Un bon flemmard a la flemme de tout faire, même de ne rien faire. Et attention, je ne plaisante pas ! Il y a des moments où je n’ai pas la flemme : pour aller manger au McDo, un kebab, au KFC, tous ces restaurants où les plats sont gras. Pour ça, je trouve toujours un peu d’énergie. Mais par contre j’ai la flemme de faire un régime, ou de sortir dehors pour aller voir mes potes. Dur ! 

Devenir citoyen
Si j’ai déjà la flemme de faire ma carte républicaine pour voter, je sais que plus tard, je n’aurai pas moins la flemme d’aller m’enregistrer sur les listes électorales. Pourtant c’est important me dit-on. J’imagine d’avance la flemme que j’aurai de partir voter à la mairie, de lever mes fesses pour m’impliquer dans la vie de la cité, et je ne vous parle même pas de l’immense flemme que j’aurai d’aller manifester pour quelque cause que ce soit ou pour faire valoir mes droits. À chaque fois qu’il y a un nouveau président, il fait toujours n’importe quoi, on n’est jamais content et on a bien raison. Il nous promet des choses, mais il ne les fait jamais. Mais ce n’est quand même pas une raison pour se lever ! Tiens, pendant que vous me lisez, donnez-moi donc la télécommande, j’ai la flemme d’aller allumer la télé. 

Participer à la démocratie
Ai-je la flemme de construire ou de défendre la démocratie ? C’est plus que probable. Après tout, quand on est en EPS, on est tous ensemble et personne n’a besoin de faire mine d’être ceci ou cela, on est là et c’est tout, posés. Au collège, dans la classe, on est tous mélangés, mais à égalité : noirs et blancs, maigres et gros, filles et garçons. Tout le monde se respecte, enfin à peu près. À bien y réfléchir (aïe… ça me fatigue !) Je n’ai pas la flemme de vivre EN démocratie, mais j’ai la flemme de me bouger POUR la démocratie. En fait, c’est pratique et confortable la République si on n’est pas trop regardant : un peu d’entraide sociale, beaucoup de libertés, des contraintes, mais pas trop (de toute façon j’ai la flemme d’être hors-la-loi). Bref, tout ce qu’il faut pour vivre tranquille, sans être bousculé. Encore heureux que je n’ai jamais eu à me battre pour défendre mes droits ! Pourvu que je n’aie jamais à le faire, ce serait un vrai cauchemar d’avoir à me réveiller…