[ Par Amélie Resse ]

Le monde a beau changer, la guerre comme règlement des conflits demeure omniprésente et les violences de masse contre les civils restent fréquentes. Terrorisme, nettoyage ethnique, appropriation illégitime de territoires ou de ressources : allons-nous enfin construire une culture de la paix ?

La brutalisation des sociétés 
Le XXème siècle a mal commencé. Avant 1914, les puissances européennes sont déjà sur le pied de guerre, prêtes à s’entre-tuer pour le contrôle des ressources coloniales et prendre le “leadership” sur le continent. La Grande Guerre devait durer quelques semaines au plus, elle durera 4 ans et fera des millions de victimes. Pour parler des épreuves subies par les populations, on parle de brutalisation, des violences subies et données par les civils et les militaires. Certes, l’Après-guerre fut marquée par le pacifisme : les gens refusaient que l’horreur des combats se reproduisent. Malheureusement, les démarches politiques menées dans le monde (Création de la Société Des Nations, l’ancêtre de l’ONU) se sont heurtées à la montée des extrémistes nazis, communistes, et fascistes. Cela a entraîné une nouvelle guerre dont le prix a été payé, à nouveau, par les populations civiles. Hélas, les Etats retiennent rarement les conséquences de leurs erreurs. 

La Bombe 
Des bombardements de population civiles, des villes rasées, des exécutions de prisonniers, des camps d’extermination et deux bombes atomiques, lâchées sur Hiroshima et Nagasaki. En terme d’inhumanité, la Seconde Guerre mondiale n’a rien à envier à la Première. Et comme toutes les autres guerres, elle se termine mal. Incapables de créer un monde de paix construit sur un pied d’égalité moral et humain entre vainqueurs et vaincus, les États du monde vont s’opposer dans un nouveau conflit : la guerre froide. Celle-ci marquera-t-elle une période de tension internationale comme les précédentes ? Pas tout à fait, elle sera pire ! Non par le nombre de victimes, mais par son potentiel destructeur. « L’Ère atomique » rend l’engrenage des conflits encore plus dangereux, car un missile nucléaire n’est ni une arme à feu, ni une simple bombe : c’est la destruction totale et durable de toute forme de vie, à l’échelle locale à cause de l’explosion, à l’échelle globale à cause de la radioactivité transportée par les vents. 

Si tu veux la paix prépare… la paix
Pour changer l’avenir, il faut éduquer les plus jeunes, dès l’école, à gérer autrement les conflits individuels et collectifs. La rafle du Vél’d’Hiv, le massacre d’Oradour-sur-Glane, la Shoah, sont des crimes sur lesquels il faut mener un travail de mémoire, car analyser les conflits c’est déjà préparer la paix. Souvent, ce sont les peurs et les rapports de force mal gérés qui nous rendent violents. Mais cette parole, il faut pouvoir l’entendre et la transmettre. Récemment, j’ai été invitée à Sciences Po Paris pour participer à une conférence sur les conflits nucléaires. Il y avait là des ingénieurs, un général de l’Armée de l’air, un diplomate de renom et même le ministre des affaires étrangères japonais. J’ai été placée à coté d’eux, sans être considérée comme leur égale. Même si nous sommes tous citoyens, aux yeux de certains je n’étais encore qu’une adolescente aux idées enfantines. J’ai parlé de Cuba, du fait que nous avions frôlé la catastrophe en 1962 et que l’on accorde trop peu de temps à ce sujet en classe pour prendre conscience du danger. Ma parole, simple et directe, a conquis le public.

Le lendemain je recevais une invitation pour participer à une conférence sur la paix avec des survivants d’Hiroshima et Nagasaki. Une adolescente engagée pour la paix invitée à rencontrer des victimes de la guerre : la boucle était bouclée. Le monde avancera-t-il pour autant ? Franchement, je l’espère…