[ Par Gemma Latapie-Iborra ]

 

Pour Abraham Lincoln, la démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. C’est l’affaire de tous. De chaque citoyen. La démocratie s’exerce donc dans tous les endroits investis par le peuple, bien au-delà du parlement et de l’Assemblée nationale.

La parole publique
Ces dernières années, on assiste à une crise de la démocratie qui pousse les gens à revendiquer leurs droits fondamentaux comme la liberté d’expression ou d’opinion. Des citoyens se réunissent, débattent, manifestent, font entendre leur voix : ils font de la démocratie. Et ces débats, ces manifestations, se déroulent dans les lieux du peuple : les maisons, les rues, les places, les salles polyvalentes, les cafés, les forums virtuels, bref, tous les endroits où l’on peut se réunir pour « démocratiser ».

La culture : l’éducation à la démocratie
J’ai ici cité de nombreux lieux du peuple dans la ville, mais je n’ai pas parlé de l’origine de la démocratie : la culture. Considérons deux de ses sens, étroitement liés. La culture dans le sens de connaissance est nécessaire au bon fonctionnement d’une démocratie. En effet, une démocratie ne peut pas exister si le peuple n’a pas conscience de son histoire et des problématiques du présent. Se cultiver, c’est s’éduquer. D’un autre côté, la civilisation s’est développée autour des premiers sédentaires qui pratiquaient l’agriculture. Dans la mythologie grecque, Déméter est à la foi la déesse de l’agriculture et des constitutions humaines. La culture de la terre permet une double prise de conscience : faire partie d’un peuple et avoir besoin des autres. Cultiver la terre, c’est s’éduquer.

Lier l’individu à sa société
Dans les deux sens du terme, la culture est l’éducation de chaque individu. Or, plus l’individu apporte au groupe par son éducation et plus il se sent utile au sein de ce groupe, plus le groupe pourra lui être utile en retour. Ce lien entre l’individu et le groupe est primordial dans une démocratie, car dans ce type de gouvernement, le peuple (le groupe) travaille pour le bien de chacun (de l’individu). Et chaque citoyen (individu) apporte au peuple. J’en retiens donc que les lieux de démocratie originels sont les écoles et les champs.

 Des lieux du peuple antidémocratiques ?
Revenons aux lieux du peuple urbain. On se rend compte que même certains de ces lieux censés appartenir au peuple et l’aider à exercer ses droits fondamentaux sont en vérité antidémocratiques. C’est par exemple le cas des places. Joëlle Zask, philosophe, explique que certaines places comme celle de la République à Paris sont en vérité conçues de manière à gêner les manifestations et les grands rassemblements de foule. Pour elle, les vraies places démocratiques sont celles qui tiennent compte du passé des villes auxquelles elles appartiennent tout en restant tournées vers le futur, les places bigarrées qui favorisent la mixité sociale. Parmi ce type de places, on trouve par exemple les places de marché. Ces places ont une importance particulière dans la démocratie, car en plus d’être des lieux de commerce, ce sont aussi des lieux où l’on échange et partage des idées. Les choix de production, de commercialisation ou d’achat y sont des actes citoyens.

Notre façon de vivre, d’agir, de prendre la parole sont autant d’actes de citoyenneté. Par conséquent, les lieux où nous vivons, agissons, sont des lieux de démocratie. Pour adapter la démocratie aux défis de la modernité, à nous citoyens de la renouveler et de la faire évoluer en cultivant nos idées dans des lieux réels comme virtuels.