[ Par Etienne BOUSSEAUD ]

Le cyberharcèlement se repend rapidement sur Internet. Contrairement aux pressions physiques exercées dans le cadre scolaire ou dans la rue, elles ne s’arrêtent pas à notre porte. Les jeunes harcelés par des « camarades » d’école n’ont plus aucun répit, même lorsqu’ils rentrent chez eux, car les pressions s’exercent désormais sur les réseaux sociaux…

Les chiffres qui font peur
Des photos compromettantes, des insultes et des moqueries, des rumeurs et des mensonges : la liste des comportements blessants véhiculés sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram en tête, est inépuisable. D’après l’Unesco, entre 2010 et 2014, le nombre d’enfants et d’adolescents âgés de 9 à 16 ans touchés par le cyberharcèlement était passé de 8 à 12%, en particulier chez les filles et les plus jeunes. Une personne sur cinq reconnaissait alors avoir déjà commis des actes de cyberharcèlement et 76 % des 12 à 18 ans avouaient avoir été témoins d’une situation de violence de ce type sans être actif pour aider les victimes. Ces chiffres sont déjà anciens, mais tout porte à croire que la situation empire à mesure que l’accès à Internet, surtout pour des populations de plus en plus jeunes, se développe

Un manque de moyen ?
Les personnes victimes de ce type d’harcèlement connaissent rarement l’identité de leur harceleur car ceux-ci utilisent un pseudo ou une fausse identité, se cachant derrière une adresse IP ou un système de protection de données très sophistiqué. Dans trop de cas de cyber harcèlement avéré, les enquêtes ne mènent à rien car les harceleurs, très organisés, parviennent facilement à effacer toutes traces d’eux sur Internet et la police manque de temps et de moyens pour agir efficacement. Les harceleurs, derrière leurs écrans ne subissent donc que très rarement une sanction de la justice car beaucoup de victimes restent dans le silence et n’informent ni leurs proches, ni les autorités des violences qu’elles subissent. Malheureusement pour elles, sans plainte, il ne peut y avoir d’enquête de police. Ce constat est difficile pour les victimes, car si la situation n’est pas exposée, rien ne peut changer.

Un  problème humain
Comme les victimes ne savent pas toujours qui les harcèle, les harceleurs ne voient pas la portée de leurs actes et la douleur que la victime subit. Ainsi, ils n’auront aucune pitié, aucune empathie pour elles. De plus, le nombre de témoins est démultiplié par rapport aux témoins du harcèlement scolaire car beaucoup de vidéos et de photos humiliantes sont postées sur les différents réseaux. Cela fait de nous, de ceux qui regardent ou «like » ces images des voyeurs voire plus, des bourreaux passifs, car on laisse exister le mal. Conséquence humaine néfaste, les victimes de ces harcèlements numériques sont mises à l’écart, se sentent humiliées ou, même, menacées. Au fond, il n’y a pas de pire situation mais certaines personnes ont du mal à le comprendre, prétextant que cela n’est pas grave.

Des conséquences durables
Même si elles ne subissent pas de violences physiques, leur mental est touché, ce qui peut conduire certaines personnes à un échec scolaire ou professionnel voire au suicide pour les plus sensibles et affectés. Certains témoins ne font rien et laissent les victimes succomber sous les coups mentaux des harceleurs et sous la dépression. Ces témoins-là ont peur des représailles, néanmoins ils ne sont pas forcément lâches. Certains d’entre eux ne vont pas forcément aider en dénonçant le harcèlement à des adultes, D’autres peuvent aider tout simplement en remontant le moral de la victime, ce qui est déjà très important. Le cyberharcèlement n’est pas une destruction physique, mais plus invisible et profonde encore : c’est une destruction mentale qui paraît interminable pour certaines victimes.

Le cyberharcèlement touche surtout les jeunes car ce sont les personnes les plus naïves, fragiles et faciles à manipuler. Les harceleurs commettent leurs actes sans vraiment se préoccuper de ce qu’ils font subir à leur(s) victime(s), ce qui peut les pousser à une forme d’isolement. Il est grand temps d’ouvrir les yeux et de délier les langues…