[ Par Sebylib ]

Propre à chacun mais partagée, individuelle ou collective, l’identité caractérise ce qui demeure « identique » à soi-même tout en étant intrinsèquement lié à autrui. Dans cette relation à trois paramètres, il y a moi, l’autre et la relation qui nous lie.

L’origine du moi
Qui suis-je ? Qu’est ce qui me définit ? Est-ce mes paroles ou mes actes ? Le fait que je sois détenu en prison ou en liberté ? Rien de simple dans ces questions. Les personnes atteintes de schizophrénie, de dédoublement de personnalité, le « moi » individuel se décuple en plusieurs entités distinctes. Cela pose donc problème dans un procès, lorsqu’il est question de condamner un individu en fonction de ses actes, sachant qu’il n’est pas forcément « responsable » s’il a agit dans un moment de folie. Juger une personne relève donc de plusieurs paramètres identitaires qui doivent être pris en compte pour éclairer le contexte : l’image de soi, le respect et l’estime de soi, l’amour de soi. Je suis un TOUT formé de sentiments, d’émotions, de croyances et de convictions, d’expériences, d’éducation, de patrimoine culturel : en un mot, ce qu’on appelle « le vécu » qui a forgé de manière consciente ou non mon égo, mes vérités intimes. Alors combien ai-je d’identités ?

 

La place du soi
Pour exister en tant qu’individu, il me faut apprendre à cohabiter avec les autres, oser exprimer ce que j’éprouve et savoir dire non aux sollicitations qui ne me conviennent pas. Dans cette relation à autrui, il faut trouver un équilibre, travailler sur soi pour s’intégrer socialement : même en prison, cela est possible et souhaitable car il y a toujours des règles de collectivité. Ici, ce sont davantage les règles légales que les comportements sociaux qui nous contraignent et nous menacent de rejet, d’abandon, d’isolement. Il s’agit donc en permanence de nourrir notre relation à l’autre avec équité (l’injustice est une notion très sensible en prison), respect et partage pour s’adapter à une nouvelle façon d’exister : en prison on ne vit pas, on fait en sorte de survivre. Ici plus qu’ailleurs, nos comportements sont moins des réponses à des situations que des manières de poser, de renforcer notre image sociale, la façon dont nous voulons être perçus par les autres. Dans notre espace clos, construire et exposer une « bonne » image de soi est une activité à plein temps où reflets et représentations prennent le dessus sur qui nous somme véritablement.

 

L’un et le multiple
Il est donc primordial d’apprendre à jongler entre la vision que j’ai de moi et la façon dont je veux être considéré. Mais au-delà, il s’agit également de protéger sa part de personnalité intime, de promouvoir un équilibre entre toutes les facettes de nos personnalités. MOI ne peut se découvrir totalement ou exhiber sa sensibilité, sa fragilité. MOI doit réussir à exister en interaction pacifique avec l’autre tout en restant fidèle à son existence profonde. MOI doit simultanément être « JE » et « NOUS » pour vivre en harmonie avec « EUX » et « VOUS ». MOI se doit d’être unité et multitude, isolé et partagé, unique et commun. C’est ce qui rend l’identité de chaque individu, de chaque groupe, de chaque culture ou de chaque civilisation si complexe et si formidablement riche en même temps.