[ Par Amira Brahimi ]

 

Depuis que je suis arrivée au collège, je constate qu’il y a plus de relation entre les filles et les garçons que lorsque j’étais en primaire. Au collège, les relations fille/garçon sont plus habituelles qu’avant. On se fréquente plus souvent. Quand j’étais en primaire, je n’allais pas du tout voir les garçons. Ça ne m’intéressait pas. Maintenant j’ai des amis garçons et c’est normal. J’ai compris qu’on était pareil.

Le poids des groupes d’amis
La présence de mes amis est importante pour moi. Je vais chez eux, on sort, on va à la bibliothèque, à la fête foraine : On s’amuse. Leur influence est donc positive. Mais je ne pourrais pas sortir seule avec des garçons et aller chez eux, car j’ai l’impression que ce n’est pas pareil. Pour un garçon de ma classe qui a 12 ans : « Si un jour un garçon veut aller voir une fille mais que celle-ci est avec ses amies, il aura du mal à l’approcher, à entrer dans le groupe de filles, à lui parler devant elles. C’est tout à fait logique pour lui car il ne voudra pas gêner leur conversation ou se sentira mal alaise. » C’est vrai, on n’a pas les mêmes centres d’intérêt et de mon coté je suis intimidée à l’idée de passer du temps avec un garçon.

 

Le poids de l’éducation familiale
De toute façon, pour l’instant, je n’ai pas envie de passer du temps seule avec eux. Cependant j’aimerais en avoir le droit si un jour j’en ai envie. Mais dans ma famille notamment, je sais déjà que je n’en aurai pas le droit. C’est par rapport à la religion musulmane. D’après un hadith du Coran, les filles peuvent fréquenter leurs oncles et leurs cousins, par exemple, mais elles ne peuvent pas être aussi proches de garçons que de filles. Donc j’ai le droit d’être ami avec un garçon mais différemment d’avec une fille.

Pour une fille de ma classe, ce n’est pas pareil : « L’avis de mes parent est que je n’ai pas le droit, mais si c’est pour du travail scolaire, alors ce n’est pas dérangeant pour eux et puis, personnellement, je ne me vois pas fréquenter un garçon. Ce n’est pas parce que c’est l’avis de mes parents, c’est moi qui l’ai décidé. »

Pourtant, j’aimerais pouvoir être amie de la même manière avec un garçon qu’avec une fille. Mais mes parents vont croire que je sors avec un garçon s’ils me voient avec lui. Ils font l’amalgame entre une relation amicale et une relation amoureuse. De mon point de vue, je pense qu’un garçon et une fille peuvent être amis sans qu’il y ait de relation amoureuse.

 

Le manque d’habitude ou d’occasion
Les points de vue ne dépendent pas toujours du fait d’être un garçon ou une fille. Une de mes amies m’a dit : « je ne veux pas m’incruster dans une discussion, que ce soit de filles ou de garçons, parce que j’ai peur de venir écouter leur conversation qui ne m’intéresse pas donc je préfère appeler la personne et lui parler à l’écart. » 

J’aurais aimé avoir le droit dès le début du collège d’être amie et de pouvoir voir des garçons en toute liberté. Parce que ça m’aurait aidé à m’intéresser plus à eux et à les comprendre, peut être à avoir moins peur. Si j’avais eu le droit, si j’en avais eu l’habitude et donc si on m’en avait donné l’occasion, peut-être que j’en aurais eu envie. Pour autant, je ne veux pas aller contre l’éducation de mes parents. J’ai du respect pour eux et pour ma religion. Et peut-être que sans ce hadith, mes parents me laisseraient le droit de fréquenter des garçons.