[ Par Jeanne Bonjour et Éloïse Lechien ]

La poésie, en vers comme en prose, peut être un formidable révélateur des aberrations d’une société. Elle évoque le regard d’un auteur sur le monde et par sa forme très directe, met le doigt sur des problèmes Concrets. Ici, il est question des fils d’actualité que nous lisons chaque jour sur Facebook.

Une recette pour faire des muffins en forme d’étoiles au caramel – Un selfie – Une vidéo sur la déforestation – Des propos racistes – Deux selfies – Un tuto makeup – Les photos d’une soirée – Un article sur la loi travail – De la publicité pour le dernier Iphone – Trois selfies – La vidéo d’une agression – D’autres photos de la même soirée – Le témoignage d’une femme violée – Un chat qui ronronne – Une ville bombardée – Les nouvelles Nike – Une femme gazée – Un enfant mort sur la plage – Quatre selfies… 

39 % de la population mondiale est active sur les réseaux sociaux, ce qui représente presque 3 milliards d’individus. En France, une personne passe en moyenne 1h20 par jour sur les réseaux sociaux. Le chiffre d’affaire de Facebook en 2016 était de plus de 27 milliards de dollars. Il y a plus d’appareils connectés à internet que de personnes sur la terre. 

On a beau se plaindre d’y passer trop de temps, qu’ils ont une trop grande influence sur notre vie, on se retrouve, dès qu’on le peut, les yeux rivés sur les écrans. Réfléchissions-nous réellement par nous-même ? Nos absurdités remplacent nos habitudes, manipulés, nous sommes convaincus d’obtenir la certitude. 

La vraie vie est-elle dans l’image virtuelle ? On sait que les français comptent parmi les plus stressés, les plus crispés, de l’Union Européenne. Nous sommes tous à bout, mais ne sommes-nous pas à cran parce que nous sommes accros ? 

Accro aux fous rires qu’on va filmer – Accro aux soirées qu’on peut diffuser – Accro aux selfies – Accro à la popularité – Accro aux likes – Accro aux sons des notifications – Accro à l’influence des grandes marques – Accro à ceux qui démarquent – Accro à ce qu’on doit acheter – Accro à ce qu’on doit penser – Accro au buzz – Accro à la polémique – Accro à la vision des autres sur ta politique – Accro à l’image que tu renvoie – Accro à la beauté, devenue néant de narcissisme – Accro aux « envoie moi un nude » hypocrite, et derrière ton écran tu t’excite – Accro au désir brisé – Accro aux rencontres créées – Accro aux fillettes que tu peux draguer – Pédophile, quelle est ta véritable identité ? Accro à même la guerre qui est filmée, on a besoin de culpabiliser pour comprendre les traumatisés – Accro à la misère du monde en un seul article raconté , on ne voit que des titres mais on passe à côté – Accro à ce qu’on croit pouvoir trier, on en vient à tous avoir le même fil d’actualité –  Accro aux images d’enfants tués, on clique sur partager, on se dit être engagé. 

On croit surfer sur le net mais on surfe sur la vague d’une violence banalisée. A force d’être connecté aux écrans, est ce que l’on n’oublierait pas de se connecter aux autres ?