[ Par Aïko Ortiz ]

 

Parfois, après une épreuve tragique, le rôle d’une amie n’est pas d’écouter mais de parler, de rassurer, de réchauffer : d’aider à reconstruire. La jeune fille à qui je m’adresse dans cette lettre n’existe pas, mais cela pourrait être n’importe laquelle d’entre nous qui a été violée et qui doit désormais apprendre à continuer sa vie.

Salut… Je t’écris parce que tu me manques. Ton sourire et ta joie me manquent. Je sais que plus rien ne sera plus jamais comme avant car tu as été violée. Je sais aussi que tu penses que c’est de ta faute, mais c’est faux. Pourquoi serait-ce vrai ? En mettant cette jupe un peu trop courte, ou ce décolleté un peu trop grand, tu ne voulais rien faire comprendre à cet homme, non ? Je ne saurais te dire pourquoi cet homme a commis cet acte, mais sache juste que tout cela n’est pas ta faute : tu es une victime et tous doivent le reconnaître pour te protéger. Tu n’as pas à changer de tenue ou de comportement pour ne pas avoir à subir de regards un peu trop insistants ou de remarques malsaines. Ce n’est pas ta faute.

Ce qu’il a fait a duré peu de temps mais a abîmé toute une vie. J’aimerais qu’il ne détruise pas la tienne. J’aimerais qu’aucun homme ou aucune femme ne détruise la vie de personne. Nos vies sont beaucoup trop précieuses pour être gâchées par quiconque. Alors s’il te plait, dis-moi tout ce que tu ressens. Tu as le droit de trouver que tout ce que je dis est trop facile, et c’est sans doute vrai car, je ne ressentirai peut être jamais ce que tu ressens. Mais j’aimerais juste qu’il ne détruise pas ta vie parce que, ce que tu ressens en ce moment, c’est sa faute à lui, même si cette douleur est la tienne. Néanmoins, je donnerai coeur et âme pour t’aider à te reconstruire.

Quand je te regarde, je vois toujours cette fille qui aimait faire du shopping, chanter, boire des smoothies en terrasse. Je te promets que tu es toujours la même, tu dois reprendre ta vie là où tu l’as arrêtée, retourne faire toutes les choses qui te plaisent, ça peut vraiment t’aider. Fait même de nouvelles choses ! Apprends à danser ou adopte un animal, car je pense que des fois parler à un animal de notre souffrance peut être mieux qu’en parler à un proche. L’aide d’un professionnel pourrait beaucoup t’aider, même si parler de sa souffrance à un inconnu peut être effrayant. Cela ne t’aidera peut-être pas mais sans avoir tenté, tu ne peux pas savoir. Et ose porter plainte, car peu de femmes osent le faire et peut-être que cela aiderait d’autres femmes à porter plainte. Reste qui tu es, ne change pas, rappelle-toi que tu n’es pas qu’une jeune fille violée.

Pour commencer à te reconstruire, les gens doivent reconnaître que tu es une victime, que tu a été violée et que ce n’est pas ta faute. Quant à toi, tu dois te reconstruire en te rendant compte que tu n’es pas un objet, car ce soir là cet homme t’a vu comme tel. Et il n’en avait aucun droit, c’est pour cela qu’il doit être puni par la justice. Tu ne pourras sûrement jamais oublier ce qui t’es arrivé, mais le surmonter te rendra plus forte. N’oublie pas que ton entourage sera toujours là pour t’aider, et que tu n’es pas seule si tu as besoin d’en parler. Tu peux absolument tout raconter, car il n’y a aucun tabou, n’en ai pas honte, c’est lui qui devrais avoir honte.