[ Par Louis GUICHARD ]

Petit à petit s’impose dans notre société le règne de la perfection. Tout doit être contrôlé, maîtrisé, réglé. Il n’y a plus de place pour le hasard. À l’heure du numérique où l’erreur est possible, l’échec serait incompréhensible.

Une quête de la perfection
De la politique au milieu artistique, tout doit être lisse. Pas d’éclats, pas de faux pas. Le plus simple étant de suivre la norme, car elle épouse la perfection. Pourquoi prendre des risques quand on peut bien faire en suivant la méthode ? Pour réussir une photo, il faut respecter la règle des tiers. Isoler le sujet, remplir le cadre, apporter de la profondeur. Et pour s’approcher plus près de la perfection, vive la symétrie ! En réalité, les plus belles photos ne respectent jamais toutes les règles élémentaires de la photographie. Car beau n’est surtout pas synonyme de parfait.

La photographie argentique
Avec leurs millions de pixels, les appareils photo numériques restituent des images toujours plus fidèles. Pourtant, de plus en plus de photographes – surtout des jeunes – se tournent vers l’appareil photo du passé. La renaissance de la photographie argentique est révélatrice de cette nouvelle tendance de se détacher de la perfection. Impossible de supprimer puis de recommencer. Il faut réfléchir avant de photographier. Et puis une fois la photo dans la boîte, l’attente. Une approche à contre-courant de notre société de l’immédiateté. C’est alors la magie qui opère. Il faut accepter cette part de hasard, être surpris parfois.

Valorisation de l’imperfection
Un nouveau désir émerge : celui d’échapper à la perfection, de briser les règles. Tout comme la photographie argentique et ses grains, le vinyle et ses imperfections revient à la mode. Alors qu’il ne s’en vendait même pas 500 000 en 2010, près de 3,2 millions de vinyles ont été écoulés en France en 2017. Un tiers de ces vinyles sont achetés par des moins de 30 ans. Car les plus jeunes, nés à l’ère du numériques, sont peut-être entrain de se rendre compte que les possibilités du numériques ne remplaceront jamais le charme de l’instant.