[ Par Peter Watkins ]

Notre interview a naturellement porté sur les des médias de masse, à savoir qui les maîtrise et à quelles fins. “Quel que soit celui qui contrôle les médias, ce n’est pas le public.”

“Du contrôle et encore du contrôle !”
Peter Watkins, cinéaste, met en exergue une même puissance de contrôle, directe sous les dictatures, indirecte en démocratie, et ce pour un paternalisme aussi efficace. La censure démocratique, il la connaît trop bien depuis l’interdiction de “The Bomb” après une seule transmission à la BBC. Selon Watkins, les fins sont paternalistes, morales et commerciales. Il explique l’efficacité d’une telle entreprise par l’effet cumulé, sur plusieurs décennies, d’une imagerie néo-libérale à destination de la classe moyenne, mais c’est surtout grâce à l’entretien du mythe de l’information impartiale et objective que la machination tient. Nous serions alors “prêts à nous soumettre à l’autorité imposée à tout bout de champ”.

“Je n’ai jamais défendu une appréhension technique des médias”
Si nos interrogations portaient surtout sur les mécaniques des médias à l’égard du public, Watkins a judicieusement abordé le sujet du public et de son rapport critique aux différents médias de l’audiovisuel. “Les techniques de la télévision ont influencé celles du cinéma commercial”. Ainsi l’éducation du spectateur à la critique est au cœur de sa pensée. Il considère que le public a une plus grande propension à critiquer la télévision que le cinéma “qui semble avoir acquis le statut d’une espèce de religion”. Pour autant ces médias sont devenus “interchangeables”. Le montage nerveux et la répétition des “prises” (“Intake” dans le texte) empêche la prise de recul nécessaire à la démarche critique, procédé dont Watkins veut faire prendre conscience par le moyen de ses docu-fictions. Le cinéaste propose ses propres outils éducatifs pour faire face à l’éducation aux médias. L’intention derrière le choix du genre du docu-fiction ne relevait pas tant d’une simple préférence stylistique que d’une forme appropriée pour “attirer l’attention sur sa structure”. De fait une analyse purement technique d’un film servirait la sacralisation du cinéma, alors que “le processus de manipulation est inévitable pour tout emploi d’un langage audiovisuel.”

“Il nous faut résoudre tout le concept de média de masse”
La situation est-elle alors à ce point inextricable ? C’est par la création de nouveaux médias favorisant l’interaction au niveau local que nous en sortirons. Watkins rappelle qu’aucune constitution ne garantit la participation du public à l’élaboration des médias de masse. La saturation d’informations fragmentées qu’offre internet ne permet pas de penser ces informations comme factuelles ni comme soumises à un débat critique. Quant aux réseaux sociaux, ils restent sous la coupe d’intérêts privés. “Un nouveau contrat social résolvant les structures d’autorité”. C’est donc à tous les niveaux de la société que les démarches doivent être initiées. Ce constat est d’autant plus alarmiste qu’il est établi sur le fond d’un drame écologique et social. La corruption des élites amène Watkins à cette conclusion amère : “Honnêtement je n’imagine pas que cela arrive pour le moment”.

Watkins serait-il un grand pessimiste ? Son style percutant reflétant l’énergie qu’il mit dans son combat fait penser l’inverse. Quel pessimiste “espère avoir tort” au sujet d’une pareille conclusion ? À la question :
“Pourquoi avez-vous fait de la critique des mass medias une composante essentielle de votre travail ?”
Watkins répond d’un trait : “Vu ce que vous avez lu jusque-là, pourquoi ne le devrais-je pas ?”.