[ Par Mathieu Grasland ]

Selon le classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters Sans Frontière, la France pointe à la 32ème position sur 180 pays, derrière l’Afrique du Sud et devant le Royaume-Uni. Quand on voit le classement du « pays des droits de l’homme », on peut se demander quelles sont donc les états en bas du tableau et quel contrôle exercent-ils sur la presse locale ?

 

Véritables policiers du monde pendant la Guerre froide et le début des années 2000, les États-Unis, 44ème au classement, font figure de réel contre-exemple du cliché du pays occidental où la presse est totalement libre.

Les dix amendements ratifiés en 1791 sont la justification favorite aux États-Unis pour justifier une action ou un comportement. Il suffit de voir les manifestations pro-armes et les revendications « Don’t touch the Second Amendment » pour le comprendre. Le premier amendement de la Constitution des États-Unis d’Amériques interdit au congrès des États-Unis d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à « s’assembler pacifiquement ». Un exemple qui fait office de référence sur la manière de l’interpréter se passe dans les années 1920, le Saturday Press de Minneapolis, dont les propriétaires étaient déjà connus pour leur racisme et antisémitisme affirmé, publie un papier mettant en cause une prétendue mafia juive dont les gouverneurs locaux font partie. En suivant le premier amendement, on est en droit de penser qu’ils peuvent tout à fait se le permettre sans en être inquiétés par la loi. Le gouverneur porte quand même plainte en s’appuyant sur une loi locale contre les nuisances publiques et gagne ce premier procès. Jusqu’à ce que l’affaire soit emmenée jusqu’au plus haut tribunal des États-Unis, la Cour suprême invalide cette loi. Cette affaire est comme « une manière d’enfoncer le clou en insistant sur la liberté de la presse comme une modalité de la liberté d’expression ». Aussi fou que cela puisse paraître en France, il est encore possible de se dire Nazi aux États-Unis et de créer des rassemblements de néo nazis. La liberté de la presse semble alors totale !

 

Néanmoins, si les États-Unis ont un classement si faible c’est peut-être parce que le fait que la presse soit libre cache en faits une dépendance des différents canaux d’informations à ces propriétaires et à l’argent engagé dans diverses manœuvres médiatiques. Avec la campagne et l’élection de Donald Trump, il a été plus aisé d’observer ce phénomène. On peut considérer que Steve Bannon, du site web Breibart est un ami de Donald Trump. En effet, ce premier a quitté son poste de directeur éditoriale afin de devenir son conseiller stratégique dans la campagne du président. Il abandonne à regret son rôle au cœur du gouvernement pour son ancien poste. Ce média a eu un rôle crucial dans l’élection car qu’il a couvert de manière positive le candidat. Dans ce contexte il est curieux de lire des articles accusant le site web d’avoir été corrompu par Trump pour écrire dans son sens. De plus si on ajoute les accusations de « Fake News » commandités par le clan Trump, ces fausses informations en la défaveur de sa rivale Clinton qui ont sûrement impacté l’issu du vote final, on est en droit de se demander à quel point la presse étasunienne est libre…

 

Beaucoup plus parlant et avéré, on a enfin l’affaire « Pentagones Papers ». Il s’agit d’un rapport étudiant l’implication militaire et politique des États-Unis dans la guerre du Viêt-Nam de 1955 à 1971. En fait il révèle que cette guerre était sûrement inutile et trop lourde en frais financiers et humains, alors que les États-Unis délibérément l’étendaient et l’intensifiaient. La guerre était très controversée et encore soutenu par une partie de la population, cette étude contribue à une détérioration de l’opinion publique et donc à une volonté de désengagement de l’armée. 10 ans plus tard, le rapport est clandestinement transmis à la rédaction du New York Times. Malgré les conseils de non publication, le président de la rédaction les dévoile en invoquant le droit du public à connaître une information cruciale. Nixon fout de rage, par le biais du gouvernement, attaque en justice le journal, pour obtenir une injonction pour stopper les divulgations, décision refusée par la Cours Suprême. Néanmoins le combat n’est pas seulement judiciaire, les lobbys pro gouvernement, finançant une partie du journal menace de le faire fermer. Le gouvernement s’entête même à discréditer Daniel Ellsberg, la personne ayant transmis les articles.

 

Finalement ? La 44ème place des États-Unis est peut-être due à une manipulation légère ou non des médias dans le pays. Dans un pays démocratique, se targuant d’être un des les plus libres du Monde, possédant le premier amendement, on remarque que les idées convergentes, l’argent ou le pouvoir, contrôlent l’information allant jusqu’à tenter de la censurer pour des motivations égocentrées.

 

 

A la 134ème place du classement mondial de la liberté de la presse, les Philippines font office de mauvais élève dans ce registre. Pourtant la radio philippine est aujourd’hui une industrie florissante. On compte quasiment 1000 radios dont à peine 5% appartiennent à des organismes gouvernementaux ou religieux. Comment est-il alors possible d’exercer un si fort contrôle contre des médias à l’apparence indépendants ?

 

Les Philippine possèdent un passé rempli d’histoire de colonisation. D’abord colonie Espagnol jusqu’en 1898, elle est vendu aux États-Unis pour 20 millions de dollars. Après une guerre sanglante, les Philippines perdent 10% de leur population, les États-Unis se résolvent à accompagner ce pays vers l’autonomie. La langue nationale devient 30 ans plus tard le « filipino » mais les philippins usent aussi de l’anglais, notamment dans les administrations. Ferdinand Marco, homme d’état ayant été président puis premier ministre, mena son pays d’une main de fer usant de la loi martiale. Le système de contrôle des média s’effondre à la fin du régime en 1986. Dès lors, la liberté de la presse est fortement soutenu par le peuple tandis ce que les anciens médias contrôlés sont rachetés par des entreprises privées et le gouvernement.

 

En fait, comme pour énormément de pays, les médias sont détenus par des entreprises se concentrant sur la rentabilité de leurs radios ou journaux. Les domaines traités sont divers mais cela reste principalement « Les nouvelles locales ». Grâce à l’option géopolitique de l’école ENSAI, j’ai eu la chance de discuter avec un français anciennement expatrié aux Philippine. Il a pu, en autres, nous dépeindre la situation perçue des médias dans ce pays. Il a tout de suite témoigné de l’immense corruption présente, en commençant par nous raconter le parcours d’un élu local. Ce monsieur était le maire d’un quartier, proche des habitants c’était quelqu’un de droit et qui œuvrait pour la communauté. Un certain temps se passe et il est promu à un rang supérieur, avec évidement plus de responsabilité. Tout de suite, sa situation a changé, nouvelle voiture, nouvelle maison, une situation bien plus confortable, expression de la nouvelle sphère intégrée par l’ancien chef de quartier. Ainsi, au niveau local, une grande majorité des relations professionnelles est régie par la corruption.

 

Par ailleurs, aux Philippines la censure fait des ravages tant l’État a le contrôle sur sa population : la liberté d’expression reste donc un idéal que la société semble loin d’atteindre. Par exemple, un groupe terroriste appelé Abou Sayaf en liens avec l’Etat Islamique a organisé un attentat dans un casino, sauf que la médiatisation de ce triste événement a fait face à la censure d’un gouvernement qui ne souhaite sûrement pas créer de tensions au sein du peuple et ne veut pas perdre la face auprès des Philippins. Ainsi, les organes de presse qui sont sous l’égide de l’Etat ont préféré faire croire que c’était « un joueur désespéré qui s’est énervé et a commencé à tirer partout ». Pourtant, d’après l’intervenant que j’ai rencontré, dans ce casino là tout le monde est fouillé à l’entrée et même les « blancs qui ont de l’argent », donc la version des faits donnée par l’Etat est clairement fausse et tout le monde le sait là-bas, sauf que la censure inhibe directement les rares voix qui auraient l’audace de vouloir changer les choses.

 

En conclusion, d’après le témoignage le 134ème pays confirme son classement, en définitive l’argent prime sur tout le reste et aucune possible opposition ne semble pouvoir rivaliser avec le pouvoir en place. De plus, la pauvreté qui est très présente dans ce pays n’arrange rien et permet à l’Etat d’exercer un contrôle encore plus puissant.

 

 

En France, le contrôle des médias est principalement exercé par des procédures judiciaires contre les journalistes d’investigation, appelées « procédures bâillons » qui sont déclenchées automatiquement par les entreprises.